Percé compte interdire les «flips» touristiques sur son territoire.

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Finie la transformation de maisons familiales en logements touristiques saisonniers à Percé. La Ville serre la vis aux promoteurs immobilier et touristique pour s’attaquer à la crise du logement, amplifiée par la spéculation. L’achat de maisons dans le but de les convertir en hébergement touristique y est désormais interdit.

Adopté mardi par le conseil municipal, le projet de règlement prévoit «étendre à l'ensemble de son territoire l'interdiction des résidences de tourisme comme usage additionnel à une résidence unifamiliale». En d’autres mots, Percé ne souhaite plus voir des maisons être achetées et ensuite transformées en logement touristique, soit un «flip», et inoccupées hors de la saison touristique.

«Considérant que le nombre de résidences de tourisme croît considérablement d'année en année dans les secteurs où elles sont autorisées» et «que cette situation vient diminuer l'offre en logement sur le territoire pour de nouveaux résidents», le conseil municipal juge qu’il est «urgent» d’agir.

«On veut voir des lumières allumées en hiver», résume simplement la mairesse de Percé, Cathy Poirier. «On vit une pénurie de logements très intense, et on perd des habitations potentielles chaque mois», explique-t-elle. «Ce n’est pas ce qui va régler le problème de pénurie de logements, mais on veut au moins stopper l’hémorragie.»

Au cœur de cette décision, le plan d’aménagement récemment adopté par Percé, qui vise à augmenter sa population annuelle de 20%. «Ça s’inscrit parfaitement dans notre plan. On préfère de loin avoir trois nouvelles familles à Cap-d’Espoir que trois logements touristiques de plus», soutient la mairesse.

La municipalité qui s’appuie sur le tourisme comme principal moteur économique avait déjà légiféré en la matière en 2019, mais seulement dans quelques secteurs centraux, notamment le village de Percé. L’interdiction sera bientôt en vigueur sur l’ensemble du territoire municipal. «Déjà, il y a deux ans, c’était une problématique de voir des maisons achetées pour de la location saisonnière. Avec la pandémie, ça s’est accentué et il y a beaucoup de spéculation. On veut agir avant qu’il soit trop tard, partout sur notre territoire», note Mme Poirier.

Même si le règlement ne devrait entrer en vigueur que dans quelques mois, procédures réglementaires obligent, Percé met déjà sur pause l’obtention de permis pour l’hébergement touristique. «Tout s’est fait très vite. On a ramené le sujet il y a quelques semaines et tout le conseil abondait dans le même sens. Il fallait agir».

Une «bonne affaire», selon les organismes d’accueil

Cette intention de légiférer pour conserver la vocation familiale des résidences de Percé est bien reçue par les organismes d’accueil de la MRC du Rocher-Percé, qui sensibilisent les administrations municipales au problème de la transformation des logements depuis des mois.

«C’est accueilli très favorablement», rapporte l’agente de Place aux Jeunes Rocher-Percé, Stéphanie Roy. «On sait que, maintenant, à Percé, les maisons à vendre vont être achetées par de nouvelles familles plutôt que par de grosses compagnies d’hébergement touristique qui vont les louer quelques semaines en été et les laisser vides en hiver», se réjouit-elle.

Au cours de la dernière année, Mme Roy a vu plusieurs jeunes professionnels déplacer, reporter ou simplement abandonner leurs projets de vie en Gaspésie, faute de logements. «J’accompagne sans cesse de jeunes familles qui veulent s’établir ici, qui ont déjà trouvé un emploi dans la région, mais qui doivent tout annuler parce qu’ils ne trouvent pas d’endroit pour loger. C’est la base!», déplore-t-elle. «À chaque fois, c’est un petit pincement au cœur».

Cette dernière note aussi que plusieurs néo-Gaspésiens doivent se rabattre sur des logements précaires ou temporaires «en attendant un vrai logement» qui ne viendra jamais. «En ce moment, on a au moins 12 familles qui habitent quelque part qui ne convient pas à leurs besoins et qui cherchent activement à quitter pour quelque chose de plus stable. Souvent, ils sont dans des logements qu’ils doivent quitter au printemps afin de permettre aux touristes d’y loger. Malheureusement, il y en a qui quittent la région parce qu’ils ne trouvent rien», se désole Stéphanie Roy.

«C’est comme si on avait un gros avion rempli de personnes qui veulent venir vivre ici, mais pas de piste d'atterrissage. Finalement, ils font demi-tour ou atterrissent ailleurs», image-t-elle.

L’approche de Percé suscite déjà l’intérêt d’autres municipalités gaspésiennes, mais aussi dans d’autres régions du Québec. «Le geste a été applaudi par des organismes d’accueil partout au Québec, et on sait que des discussions vont avoir lieu avec d’autres municipalités», rapporte Mme Roy.

Simon Carmichael, Initiative de journalisme local, Le Soleil