PORTRAIT | Le hockeyeur matanais acclamé ici et ailleurs, Alain Côté

Claudie Arseneault, Initiative de journalisme local
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Alain Côté, ayant joué pendant plus de 12 ans pour les Nordiques de Québec en tant que hockeyeur de renommée nationale, a marqué les esprits matanais. Attirant encore aujourd’hui les « oh » et les « ah », il nous accorde cette entrevue pour revenir sur sa carrière et son attachement pour sa terre d’origine.

“Petit gars” de Matane, il se rappelle avec nostalgie les soirées de semaine et les journées passées à se geler les orteils sur la patinoire près de l’École Zénon-Soucy, à côté de la maison familiale, d’où il partait avec ses patins dans les pieds. « Sinon, c’était dans la rue avec mes amis. On se faisait un but avec deux mottons de neige et on jouait avec une boulette. »

Alain Côté a commencé à jouer au hockey lorsqu’il avait environ 10 ans. À cette époque, les ligues citoyennes de hockey étaient peu structurées et basées sur la participation, et non sur la compétition. Il a donc commencé en jouant innocemment une fois par semaine avec ses amis matanais et se rappelle d’ailleurs avoir eu beaucoup de plaisir pendant ces années.

De ces plus beaux souvenirs à Matane, il se rappelle des tournois survenus au fil de années, avec souvent les mêmes équipes de l’extérieur qui revenaient. « On était toujours près de gagner », a-t-il rigolé. « Je jouais avec mes cousins et des amis, et ça restait toujours très amical. C’était une belle période dans une petite place. Tout le monde se connaissait et tout le monde était proche. C’était la beauté d’être à Matane et d’avoir pu grandir avec tes chums. »

La première fois qu’Alain Côté a compris son potentiel, il devait avoir près de 14 ans. « J’avais la chance de jouer avec des gars plus âgés que moi. À 14 ans, pendant que je jouais midget, j’étais aussi parfois avec les juvéniles, la catégorie supérieure à moi. Jouer avec des plus vieux, ça m’a donné confiance. Je me suis développé et je suis devenu meilleur. »

C’est aussi à ses 14 ans que ses parents l’ont envoyé une semaine à Montréal pour assister à l’École moderne de hockey, un camp d’été pour jeunes joueurs. Il y retourne pendant 3 ans, où il perfectionne sa technique de maniement de bâton et s’améliore sur diverses facettes.

À 16 ans, il a quitté l’équipe récréative de Matane pour intégrer l’équipe du Junior B à Mont-Joli. Même s’il a manqué les premières parties, il a cumulé une excellente saison et est finalement nommé la « recrue de l’année » du circuit Junior B du Bas-Saint-Laurent, en plus d’être sacré le meilleur défenseur de la ligue. Au sein de l’élite régionale, il a pris de l’assurance.

L’année suivante, il est repêché par les Saguenéens de Chicoutimi de la Ligue de hockey junior majeur du Québec pour lesquels il a attaqué 3 saisons, de l’âge de 17 à 19 ans. Ayant toujours joué à la défense, son coach a décidé de le déplacer pour devenir ailier gauche, positionnement qu’il conserve pour le reste de sa carrière.

À son arrivée à Chicoutimi, il a signé le dernier contrat en liste en tant que 8e défenseur. Contre toute attente, il a finalement fini l’année sur le premier trio avec les deux meilleurs joueurs de l’équipe. L’année suivante, à 18 ans, il a signé le premier contrat, avant le reste de ses coéquipiers.

Après ses trois ans à Chicoutimi, il est repêché par deux équipes québécoises de haut calibre : les Nordiques de Québec, faisant encore partie de l’Association mondiale de hockey en 1977, et le Canadien de Montréal, de la Ligue nationale de hockey. Ayant un choix difficile à faire, il penche pour les Nordiques, qui n’ont pas hésité à lui offrir rapidement un contrat.

De 1977 jusqu’en 1989, Alain Côté s’est dédié pendant près de douzaine saisons de hockey à son équipe. Et en 1979, les Nordiques passent de l’Association mondiale de hockey à la LNH, donnant le coup d’envoi à la mythique rivalité entre Montréal et Québec. « À notre arrivée dans la LNH, Montréal trouvait ça tout nouveau tout beau au départ, jusqu’au moment où on les a battus. Ils l’ont trouvé moins drôle », s’est-il bidonné.

Les cloches de la retraite ont sonné en 1989 pour Alain Côté. « J’ai commencé et j’ai fini avec la même équipe. Mon seul regret peut-être, c’est de ne pas gagner la coupe Stanley, mais je ne changerais pas ma carrière pour ça », a-t-il affirmé. « Je recommencerais tout demain matin, sans aucune hésitation. C’est une vie hors de l’ordinaire, hors des normes. J’ai tellement eu de plaisir. Jouer au hockey, c’est ma passion. »

Après avoir accroché ses patins, il entrevoit une ouverture comme représentant pour NAPA Auto en 1990. C’est quatre ans plus tard qu’il décide de lancer sa propre franchise NAPA, travaillant dans le marché de pièces d’automobile en fondant sa compagnie, appelée Pièces d’auto Alain Côté. Maintenant, il tient quatre succursales sur les rives nord et sud de Québec.

C’est à Québec que lui et sa femme, originaire de Chicoutimi, ont décidé de s’établir de manière permanente pour élever leurs deux garçons, Jean-Philippe et Mathieu. Ses fils l’ont tous deux suivi dans ses pas, en commençant avec Jean-Philippe, qui a lui aussi fait carrière au hockey professionnel aux États-Unis, en Europe, et pour les Canadiens également. Aujourd’hui, celui-ci est directeur du développement des joueurs pour le Lightning de Tampa Bay.

Quant à son deuxième garçon, Mathieu, il est devenu l’associé de son père en 2012 pour son entreprise de pièces d’autos NAPA. Originellement comptable agréé, Mathieu partage les tâches avec son père en gérant les quatre garages, qui lui délègue peu à peu les responsabilités. À la retraite de son père, il reprendra les rênes de l’entreprise. « Mais j’ai déjà vécu une retraite, alors je ne suis pas pressé pour une deuxième », a lancé M. Côté.

Même si son coeur demeure à Matane, M. Côté ne pense pas revenir vivre à Matane, avec ses enfants et ses petits-enfants vivant à Québec. Mais il continue de descendre régulièrement, entre autres pour s’occuper de sa mère, qui vient de souffler ses 90 bougies. « J’adore venir faire mes tours. Ce sont des beaux souvenirs de jeunesse. Je ne me sens jamais dépaysé à Matane. »

Il assure garder un fort attachement pour Matane, son port d’attache. En fait, M. Côté se dit fier de dire qu’il est Matanais et lorsque les gens se trompent, il ne se gêne pas pour les reprendre. « Je vois les jeunes de la relève et ça m’impressionne. Les personnes qui sont parties, reviennent tout le temps à Matane parce qu’elles y sont attachées. On sort du lot. »

Alain Côté poursuit ses apparitions publiques dans divers tournois de hockey, et est toujours présent à son tournoi de hockey du Club de Matane. Et encore aujourd’hui, les gens continuent de mentionner le fameux but du 28 avril 1987 au Forum de Montréal, lorsque les Nordiques et le Canadien croisent le fer lors des séries éliminatoires.

Le sentiment de rancoeur est toujours présent chez les partisans, même 33 ans plus tard. « Quand les gens me voient, ils pensent encore à ça et je comprends. Le moment est passé, mais il fait partie du folklore sportif du Québec. Pour moi c’est un running gag », a exprimé M. Côté. Il se dit en paix avec cet événement, et surtout, avec l’arbitre Kerry Fraser.

À ce jour, Alain Côté joue encore, et ne peut se prononcer sur si un jour il arrêtera. Il patine pour le plaisir, avec ses copains et anciens coéquipiers, « une gang de vieux bonhommes » comme il aime les appeler, et le feu passionnel pour le hockey continue de brûler.

Claudie Arseneault, Initiative de journalisme local, Mon Matane