PORTRAIT | Un musée dédié au King, Elvis Presley, dans le sous-sol de Jean-Marie Dumas

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En janvier 2021, Elvis Presley aurait eu 86 ans. Le culte du King se sera transposé jusqu’à Matane, car l’extase et la félicité que Jean-Marie Dumas porte pour Elvis ne seront jamais essoufflées, même après plus de 60 ans. À sa résidence de l’avenue Jacques-Cartier, il cache une vaste collection d’objets à l’effigie ou dédiés à l’image d’Elvis Presley.

L’adoration de Jean-Marie Dumas pour Elvis a commencé un peu avant 1960, lorsqu’il a vu son premier film d’Elvis. Jean-Marie n’avait que 17 ans et un après-midi, alors que lui et son ami étaient ennuyés puisqu’il n’y avait rien de bon à faire cette journée-là, ils se sont rendus au cinéma à Matane pour aller voir le film Bagarres au King Créole.

Après tout, à l’époque, le cinéma coûtait 25 cents. Ils s’y sont donc rendus, sans avoir d’attentes. Dès la première chanson d’Elvis, Jean-Marie Dumas a eu la piqûre. Il adorait sa voix, et comment il se comportait sur la scène, et la chanson Trouble l’a particulièrement marqué. Après le film, il est revenu en courant chez ses parents partager la bonne nouvelle.

La folie d’Elvis s’est déclenchée : Jean-Marie s’achète un phonographe automatique et commence à débourser pour de nouveaux disques. « Elvis jouait le matin, le midi puis le soir. Et de temps en temps, ça cognait contre le mur et je me disais, « ce n’est pas assez fort », a-t-il ri.

Avant le début des années 1950, le monde n’avait pas entendu parler d’Elvis. Il est arrivé comme une bombe dans les vies de milliers de jeunes, marquant une génération après-guerre entière. Le début de la carrière du King est d’ailleurs la décennie musicale de Jean-Marie, avec les chansons spéciales That’s All Right Mama, Blue Moon of Kentucky, Mystery Train ou Heartbreak Hotel, qui sont toutes près de son cœur.

En 60 ans d’écoute d’Elvis, Jean-Marie Dumas ne s’est jamais tanné d’écouter. Ce qu’il apprécie le plus, c’est sa voix unique et son déhanchement. « Et je vais mourir avec ça, c’est certain. Ils finiront par mettre des objets à l’effigie d’Elvis dans ma tombe », rigole-t-il.

D’ailleurs, son héritage perdurera selon M. Dumas, car il « a été un pionnier de la musique moderne. Il fait partie de l’histoire culturelle commune et l’initiateur d’un genre unique. » Il a fait scandale au début des années 50, sa musique était « le diable en personne » comme Dumas dit. « C’est sa voix qui fait que la légende perdure », a ajouté Dumas.

Dès 1960, Jean-Marie commence sa collection, et ne ralentit jamais pour les années suivantes. Aujourd’hui, il affirme posséder plus 5000 objets en lien avec Elvis, une collection évaluée à plus de 75 000 $. Selon lui, il aurait plus de 600 vinyles ou moins d’un huitième de ce qui est offert dans le monde, 200 cassettes, 700 CDs et 600 DVDs, offrant le visionnement de plusieurs spectacles.

Il a plusieurs costumes d’Elvis Presley également qu’il ne porte pas, mais qu’il est ravi de posséder. Également, Jean-Marie fait des collages qu’il place dans des albums. Aussitôt qu’il passe quelque chose sur Elvis, il le découpe et le colle. Il tient désormais plus d’une quinzaine d’albums.

Certains produits à l’effigie d’Elvis sont vendus trop chers selon Jean-Marie, comme des bouteilles de vin à 45 $ sans le prix du transport. Il juge alors que la dépense n’en vaut pas la peine. Sa possession la plus chère est le portrait d’Elvis sculpté dans le bois, remis par son frère à l’une de ses fêtes il y a déjà plusieurs années. « C’est une pièce de collection, c’est unique. Ça a été fait à Québec par un artiste local », a-t-il expliqué.

Des livres et des disques sur Elvis Presley continuent d’être lancés continuellement, même 40 ans après la mort d’Elvis. « Il sort environ 2 ou 3 livres sur Elvis par semaine. C’est difficile à croire, mais c’est vrai, et ils se vendent entre 200 et 300 dollars », a-t-il lancé. « Et ça doit se vendre, parce que ça n’arrête pas. » Il commande parfois des disques d’Elvis de pair avec un ami collectionneur de Sainte-Anne-des-Monts pour un coût de livraison moins onéreux.

N’ayant pas arrêté de chercher de nouvelles pièces de collection depuis 1960, il assure d’être arrivé à rassembler autant d’objets en 2010 qu’en 1970. Tout de même, l’arrivée de l’internet a facilité l’acquisition et la recherche active. Sa dernière commande date d’il y a un mois, un nouvel album venant de France : « C’est mon dernier petit bébé », dit-il. Avant le World Wide Web, M. Dumas recevait une tonne de revues et de journaux chez lui pour s’informer.

En 1992, lui et sa conjointe ont participé à un voyage organisé en autocar jusqu’à Memphis au Tennessee. Ils ont traversé le Midwest américain pour se rendre jusqu’au sud. « Nous étions une grosse gang de craqués qui n’avaient jamais vu Elvis en personne », s’est-il bidonné. Là-bas, ils ont visité Graceland et l’école de son enfance, et le soir, ils ont assisté au Candlelight. Ils ont aussi déboursé de l’argent un livre souvenir, mais il y avait tellement de monde qu’ils ne s’y trouvent pas.

Jean-Marie Dumas se dit d’ailleurs très fier du disque d’or acheté lors de son voyage à Memphis. « C’est un long jeu de 45 tours acheté pour 250 dollars américains. Ça a été une grosse dépense, mais je suis vraiment heureux de l’avoir », a-t-il indiqué.

Jean-Marie et sa conjointe viennent tous les deux de Matane. Leurs parents restaient l’un en arrière de l’autre et leurs pères travaillaient ensemble dans un garage sur l’avenue du Phare Est. Cette année, cela fera 54 ans qu’ils sont mariés, et ils ont aussi une fille de 52 ans demeurant à Drummondville, qui elle, plus jeune, a toujours préféré Michael Jackson à Elvis.

Sa femme l’a toujours appuyé dans sa passion. Elle l’aide même à fournir sa collection, en écoutant par exemple des émissions d’information à la télévision. Ensemble, ils sont allés voir les spectacles de Martin Fontaine, « Elvis Story », au Capitole de Québec, 9 années de file sur 10. Ils ont manqué le spectacle de 1998 car Jean-Marie était aux prises avec des problèmes de santé.

À l’avenir, Jean-Marie continuera à collectionner, sauf si un jour, un futur fan d’Elvis l’approche pour acheter sa collection. « Rendu à mon âge, si quelqu’un arrivait chez moi et me proposait 100 000 $, c’est sûr que je donnerais tout, même si ça me ferait un peu de peine », a-t-il dit.

Au décès d’Elvis, le 16 août 1977, Jean-Marie Dumas a été très triste. C’était même une catastrophe selon lui. « Je ne m’y attendais pas, même s’il était malade. En juillet 1977, on était en vacances à Old Orchard et on est allés visiter Portland. Un spectacle se préparait pour août 1977, on a vu des affiches publicitaires, mais finalement il est décédé avant. »

M. Dumas n’est pas convaincu par les théories du complot à son sujet. « Il aimait trop sa fille. Et on s’en serait sûrement aperçu s’il n’était pas mort, j’en suis certain », a-t-il avancé. Et selon Jean-Marie Dumas, bien que le King soit décédé depuis des années, ce n’est que son enveloppe corporelle, car son essence continue de vivre. À jamais.

Claudie Arseneault, Initiative de journalisme local, Mon Matane