Projet de loi 59: un «recul majeur» qui inquiète des travailleurs de l’aluminium et de la forêt

·4 min read

Des représentants syndicaux de l’aluminium et de l’industrie forestière du Saguenay-Lac-Saint-Jean s’inquiètent du « recul majeur » que représente pour les travailleurs le projet de loi 59, qui vise à moderniser le régime de santé et de sécurité du travail. Ils appellent au rejet du projet de loi dans sa forme actuelle.

Le président du Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida (SNEAA), Donat Pearson, qui représente 1200 travailleurs de Rio Tinto au Saguenay, et David Leblond, représentant national Unifor de nombreux travailleurs de l’industrie forestière au Lac-Saint-Jean, ajoutent leur voix à celle de différents organismes qui craignent les impacts de ce projet de loi.

Le projet de loi 59, qui est à l’étape des consultations en commission parlementaire cette semaine, doit apporter des modifications aux processus de prévention dans les milieux de travail et de réparation des travailleurs qui subissent des lésions professionnelles.

Les deux représentants affiliés à la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) voient dans ce projet de loi des pertes importantes pour les travailleurs, plutôt que la modernisation demandée et attendue depuis longtemps par le milieu. La FTQ présentait d’ailleurs son mémoire mercredi devant les élus en commission parlementaire.

« On va en sabrant, en donnant plus de pouvoirs aux employeurs, et il y en a qui sont malheureusement des fois plus malveillants que d’autres », a déploré Donat Pearson en entrevue. Il dit s’inquiéter pour l’ensemble des travailleurs, qu’ils soient syndiqués ou non.

Les deux représentants syndicaux voient le projet de loi comme une atteinte aux efforts de prévention et de concertation en matière de santé et de sécurité déployés dans les usines et scieries de la région.

« On parle de prévention, puis au niveau de la réparation, c’est un peu le même principe, c’est un recul majeur, a laissé tomber pour sa part David Leblond, lorsque contacté par Le Quotidien. On a déjà de la difficulté avec le système en place. »

Rencontre avec la ministre Laforest Le SNEAA a rencontré récemment la ministre responsable de la région et députée de Chicoutimi, Andrée Laforest, afin de faire valoir leurs revendications. « On est inquiet et ce qu’on demande au gouvernement, c’est de ne pas adopter le projet de loi », a exposé Donat Pearson, qui juge que d’importantes modifications doivent être apportées.

« L’impact est ultra négatif. On est opposé à ça 100% », a insisté celui qui rencontre jeudi le député de Jonquière, Sylvain Gaudreault, dans le même dossier.

Interpellé sur le sujet, le cabinet de la ministre Laforest a indiqué que l’élue se montrait « sensible » aux enjeux soulevés et qu’elle prenait « bonne note » des arguments présentés.

Des actions concertées ont également été menées cette semaine auprès des bureaux des députés régionaux, a indiqué de son côté David Leblond, qui appelle également au rejet du projet de loi dans sa forme actuelle.

Comités de santé et sécurité Les représentants insistent tous deux sur l’impact qu’aurait le projet de loi sur les comités de santé et de sécurité présents dans chacune des usines de Rio Tinto ou de Produits forestiers Résolu (PFR).

Le projet de loi permettrait à un employeur de ne former qu’un seul comité de santé et de sécurité pour une partie ou l’ensemble de ses établissements, peut-on lire dans le projet de loi. La fréquence des réunions pourrait aussi être diminuée.

Le désir de simplifier la gestion diminuera l’attention portée sur des dossiers uniques à chaque milieu, soulève Donat Pearson. « Souvent dans les petits comités, on va traiter des dossiers locaux. Des enjeux liés à l’hygiène, qui vont être spécifiques à l’Usine Vaudreuil, et ne se font pas ailleurs », donne-t-il en exemple. Rio Tinto n’a toutefois pas démontré d’intentions en ce sens jusqu’à présent, précise-t-il.

David Leblond estime que les comités de santé et de sécurité sont ainsi « attaqués de front ». Celui qui représente les travailleurs de PFR au Lac-Saint-Jean craint par exemple une perte de représentation au sein d’un comité qui pourrait être régional ou interrégional.

Les critères qui rendraient plus difficile la reconnaissance d’une surdité professionnelle, une lésion courante pour les travailleurs industriels, inquiètent aussi les deux représentants dans le projet de loi. Ils citent également la possibilité pour l’employeur de choisir un médecin traitant dans certains dossiers, au lieu de devoir se tourner vers un médecin de la Santé publique.

Myriam Gauthier, Initiative de journalisme local, Le Quotidien