Quand l’archéologie enquête sur l’origine de la violence organisée

Anne Lehoërff, Archéologue, CY Cergy Paris Université
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<span class="caption">Gravure rupestre du Boshulan (Suède) : hommes en armes sur un bateau, et présence de trompettes à l&#39;arrière; </span> <span class="attribution"><span class="source">Photo Yann Lorin pour « Boat 1550 BC »</span></span>
Gravure rupestre du Boshulan (Suède) : hommes en armes sur un bateau, et présence de trompettes à l'arrière; Photo Yann Lorin pour « Boat 1550 BC »

L’homme est-il naturellement porté à la violence ou, au contraire, est-il pacifique ? La société, par ses choix, son organisation et ses lois l’amène-t-elle à une attitude d’hostilité, voire d’attaque envers son prochain, ou au contraire est-elle à l’origine d’un meilleur contrôle de son agressivité originelle ? L’organisation de cette violence et des moyens de guerre est-elle un point de départ ou d’arrivée des trajectoires humaines ?

Les hommes se posent depuis des siècles cette question de fond qui touche à leur être et les interroge sur leur nature. Les réponses relèvent d’une infinie complexité, mobilisant au minimum la philosophie, l’histoire, la sociologie, l’anthropologie. Les figures emblématiques de Jean‑Jacques Rousseau ou de Thomas Hobbes en incarnent en particulier deux positions depuis l’époque moderne. Loin de se restreindre à un débat d’ordre théorique et intellectualisé, elles percutent douloureusement la réalité.

À chaque tragédie de l’histoire, cette question revient, avec plus ou moins d’intensité et la question des fondements de la nature humaine ressurgit. Comment l’homme – nous Homo sapiens avec son petit pourcentage de Neandertal – peut-il en arriver là ? Existe-t-il quelque part des explications qui dépassent l’immédiateté de moments ignobles et insoutenables ? Un éclairage historique est-il possible et quel autre regard pourrait-il apporter ? Comment qualifier ces pulsions et ces actions ? À quand remontent-elles et pourquoi ? Jusqu’où dans la profondeur du temps et sous quelles formes peut-on mettre en perspective sur la longue – voire la très longue – durée les agissements violents de l’humanité ? Enchâssé dans l’actualité du présent, le travail de l’historien tente une autre approche : mener l’enquête en repoussant sans cesse les limites de la recherche, explorer librement toutes les pistes, produire des travaux érudits pour nourrir la réflexion et apporter de la connaissance jusque dans les salles de classe et auprès de tous les citoyens.

Guerre et Préhistoire

Les spécialistes des époques les plus anciennes ont tardé à entrer sur le terrain de la guerre. Celle-ci, pour l’Antiquité ne pouvait être évitée car les auteurs en faisaient de nombreuses descriptions. Dans l’antichambre de ce que l’on considérait traditionnellement comme l’histoire – celle qui commençait avec les sources écrites – on apercevait les Celtes, les Gaulois, des peuples en guerre face à des Grecs et des Romains avant d’être battus par ces derniers.

Pour les époques plus anciennes, le sujet ne pouvait être abordé de la même manière, avec les mêmes méthodes d’enquêtes. Pendant très longtemps, jusqu’au milieu du XIXe siècle environ, ces temps très anciens n’avaient d’ailleurs même pas d’existence. On ne connaissait l’histoire que par le biais de l’écrit et l’archéologie se limitait, au mieux, à n’être qu’un complément d’une étude des textes sous l’angle des monuments et de certains objets prestigieux.

La « Préhistoire » fut littéralement inventée dans la seconde moitié du XIXe siècle, et baptisée ainsi officiellement en 1867 à l’Exposition universelle de Paris. On était encore très loin de maîtriser toutes les chronologies, leurs nuances, leur exactitude. Il fallut attendre la seconde moitié du XXe siècle pour y parvenir et en particulier des méthodes en laboratoire comme le radiocarbone.

Depuis, l’archéologie n’a cessé de mettre en œuvre pour approcher au mieux les sociétés du passé. Les thématiques et les approches trouvent un écho dans les préoccupations des chercheurs eux-mêmes : la technique après 1945, la naissance du monde agricole à partir des années 1970, les rituels funéraires après 1980, les questions environnementales après 1990, l’ADN aujourd’hui, etc. La guerre a globalement résisté jusqu’à l’aube des années 2000 et a d’abord été étudiée par les Anglo-saxons qui y intégraient une dimension anthropologique peu présente en France. Les archéologues, comme les historiens qui avaient connu pour certains la Seconde Guerre mondiale ou les conflits de la décolonisation, choisissaient de manière privilégiée, consciemment ou non, d’autres thématiques de recherche.

La violence n’était pas absente des interrogations sur les premiers hommes. Dès la fin du XIXe siècle, les images populaires se multiplièrent et montrèrent un homme des cavernes à l’allure patibulaire armé d’un gourdin. Elles ne furent pas le fait des pionniers de l’archéologie qui s’en tinrent prudemment à classer leurs données peu dissertes sur la réalité de la violence. Dans les années 1990, si l’on ne trancha pas sur la violence originelle de l’homme, on promut une image pacifique du paysan du Néolithique (à partir du VIe millénaire pour l’Europe), celui qui inventa l’agriculture et que l’on imagina plus volontiers aux champs cultivés que sur ceux de bataille.

Dans les années 2000, le retour de préoccupations guerrières contemporaines, et en particulier la montée du terrorisme, changea la donne dans l’ensemble des sciences sociales. En archéologie, la violence et la guerre prirent une importance nouvelle et grandissante, tandis que les fouilles sur le terrain livraient une documentation très nombreuse et mieux étudiée. Vingt ans plus tard, c’est donc presque un bilan d’une génération de recherche que l’on peut modestement oser.

L’archéologie face à la violence et à la guerre

Établir le lien entre les seules données archéologiques, la violence et la guerre n’est pas simple. L’archéologie livre des témoignages que l’on peut qualifier d’immobiles et muets au sens littéral, contrairement aux sources écrites ou aux témoignages directs de l’anthropologie. L’archéologue a donc pour mission de mettre en mouvement et en récit des traces qui ne disent rien dans un langage ordinaire. En outre, ces vestiges sont partiels même s’ils sont abondants. Ils ne sont que le résidu de ce qui a traversé le temps, après que les hommes aient, le plus souvent, continué à vivre dans les mêmes espaces que ceux de leurs ancêtres. En outre, la sédimentation opérée par le temps et l’anonymisation des individus offre une certaine mise à distance qui rend sans doute le sujet moins difficile et douloureux que pour les conflits les plus récents.

La connaissance de la violence et de la guerre en archéologie passe donc par la matérialité de celle-ci. Si cette dernière a disparu, la preuve n’existe plus et aucun texte ne peut pallier ce manque. La première étape est donc celle de la recherche de traces, la seconde celle de leur interprétation qui ne fait pas consensus en tous points chez les archéologues. Les documents sont de quatre types : les restes humains eux-mêmes, les équipements et instruments de la violence déployée, les représentations figurées, les lieux des actions.

Certains d’entre eux sont connus depuis les débuts de la pratique archéologique entre le XVIIIe et le XIXe siècle, en particulier les objets découverts dans des tombes ou des ensembles que l’on nomme les « dépôts » et les représentations figurées sur des stèles ou des parois rocheuses. Toutefois, avoir un objet sous les yeux ne signifie pas nécessairement l’appréhender dans tous ses aspects. Longtemps, les casques et les cuirasses de l’Âge du bronze européen (vers -2200/-800 environ) ont été d’abord été vus comme des marqueurs chronologiques et des objets de prestige plus que comme des armes au sens plein.

<span class="caption">Cuirasse de Saint-Germain-du-Plain (Saône-et-Loire), datable de la fin de l’Âge du bronze, Musée d’archéologie nationale (Saint-Germain-en-Laye).</span> <span class="attribution"><span class="source">photographie Anne Lehoërff</span>, <span class="license">Author provided</span></span>
Cuirasse de Saint-Germain-du-Plain (Saône-et-Loire), datable de la fin de l’Âge du bronze, Musée d’archéologie nationale (Saint-Germain-en-Laye). photographie Anne Lehoërff, Author provided

Les ossements sont mis au jour quotidiennement par les archéologues mais, durant des décennies, ils n’ont guère retenu l’attention des chercheurs sauf cas particulier (des momies, les débuts de l’humanité). Il a fallu attendre la datation au radiocarbone, et plus récemment les études d’ADN pour qu’ils acquièrent une importance nouvelle. Aujourd’hui, on y traque des stigmates de coups, des manipulations. Les vestiges anthropobiologiques jouent désormais un rôle majeur en archéologie funéraire, en bioarchéologie et en archéologie forensique (études des conflits et scènes de crime) avec de nouvelles méthodes d’investigation sur la violence.

Quant aux terrains où les combats ont eu lieu, les archéologues avaient presque renoncé à en retrouver les traces pour les périodes les plus anciennes, convaincus qu’elles avaient été balayées par les millénaires. La découverte récente (2006) du champ de bataille de Tollense au nord de Berlin (Allemagne) et ses centaines de morts encore in situ relance les possibles et atteste une réalité inédite.

La violence n’est pas la guerre

Avec de nouvelles données et méthodes, le paradigme des premières guerres de l’humanité a changé en moins d’un quart de siècle. La violence est envisagée aujourd’hui partout, à toutes les époques, réaffirmant la violence du chasseur-cueilleur du Paléolithique, supplantant le paisible paysan du Néolithique, faisant évoluer une vision sociale et élitaire du guerrier de l’Âge du bronze (il était beau et il était un prince) à une vision plus brutale et sanguinaire de cette figure.

Reste à savoir de quoi on parle, ce qu’il y a derrière les mots de violence et de guerre. L’archéologie dispose de données mais elle ne sait pas comment elles se nommaient tant que les hommes n’écrivent pas. Ce sont donc les chercheurs qui choisissent des termes – les leurs – pour désigner des réalités anciennes qui s’appelaient peut-être tout autrement. Ce serait un détail si les mots n’avaient un sens bien précis. Le terme de « violence » est le moins difficile, il est une manière d’agir à l’échelle de l’individu ou du groupe, qui intègre de l’agression envers autrui. Cela peut être une perte de contrôle de soi, ou au contraire un geste prémédité, contrôlé, voire organisé. Celui de « guerre » inclut la notion d’organisation, et induit même que tout un pan de la société, dans son volet économique, politique, social, technique, est dédié à cette activité.

Que peut en dire l’archéologie ? Quand voit-elle la naissance de la « guerre » ? Comment mène-t-elle l’enquête pour y parvenir ? Le défi n’est pas simple et plusieurs niveaux de réponses s’entrecroisent. La première étape est donc celle de la collecte des données sur le terrain, puis leur étude. Il faut parfois supposer, déduire d’une absence ou d’une présence qui implique en amont des actes dont il ne reste plus de traces. C’est donc bien souvent un faisceau de présomptions qui invite à telle ou telle conclusion, au-delà de la seule preuve archéologique. Tous les sujets ne sont pas aussi complexes. Ainsi, lorsque la recherche porte sur l’apparition de l’agriculture, la forme domestiquée d’une espèce qui supplante une forme sauvage, le taxon dit l’innovation, même s’il ne répond pas au « pourquoi ».

À quel moment la donnée archéologique dit-elle la guerre et dans quelles sociétés ?

Sur les ossements humains, dès le Paléolithique, des stigmates attestent des morts violentes. C’est en Chine méridionale (grotte de Maba) que l’on a la trace du premier individu mort d’un coup au crâne par un objet contondant en pierre entre -200 000 et -150 000. Des objets en bois ont également été utilisés dans la mise à mort de Néandertaliens (Saint-Césaire, Charente-Maritime, vers -38 000) ou de Sapiens, y compris d’enfants (Grimaldi, Italie, vers -30 000). Sur les parois peintes du Paléolithique le plus récent, quelques parois montrent également des scènes de blessures ou de décès, comme dans la grotte Cosquer (Bouches-du-Rhône) ou celle de Pech-Merle (Lot) il y a plus de 20 000 ans. La violence est donc présente, et elle est même intégrée au registre figuratif. Les témoignages restent isolés, au sein de populations encore très peu nombreuses.

Les premières traces de morts regroupées sont actuellement à la frontière nord du Soudan, sur le site baptisé « 117 », où 59 individus (24 femmes, 19 hommes, 13 enfants et 2 indéterminés) ont été mis au jour, morts de coups violents portés à différents endroits du corps. Massacre, l’événement l’est certainement mais guerre, impossible de le déterminer.

Un débat de fond touche le Néolithique avec des tenants d’une naissance de la guerre à ce moment-là (soit entre -12 000 et -6 000 environ), et les chercheurs qui optent pour une naissance de la guerre au sens plein à la période suivante, l’Âge du bronze.

<span class="caption">Fosse néolithique d’Achenheim, Alsace.</span> <span class="attribution"><span class="source">Inrap</span>, <a class="link rapid-noclick-resp" href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/" rel="nofollow noopener" target="_blank" data-ylk="slk:CC BY">CC BY</a></span>
Fosse néolithique d’Achenheim, Alsace. Inrap, CC BY

La thèse d’une guerre stricto sensu au Néolithique repose en particulier sur le nombre croissant de lieux où des morts violentes ont eu lieu : Talheim (Bade-Wurtempberg, Allemagne) où 34 individus (18 adultes et 16 enfants) ont été découverts portant de nombreuses de traces de coups et de stigmates sur les os ; Hexheim (sud Rhénanie-Palatinat, Allemagne) où -5000 environ, dans les fossés, plusieurs centaines d’individus dont de nombreux enfants ont été violemment mis à mort ; Achenheim (Alsace) où une fosse, vers -4200, contient les restes mutilés de cinq hommes adultes, d’un adolescent auxquels s’ajoutent quatre membres supérieurs gauches surnuméraires interprétés comme le résultat d’exécutions d’un ennemi captif, etc.

Mais, la mort violente est-elle la guerre ? L’archéologie le prouve difficilement. Les équipements de cette époque (hache, flèches) qui peuvent servir à blesser et tuer sont autant des armes pouvant servir à la chasse qu’au combat entre humains. D’autres arguments sont avancés : la croissance démographique, la sédentarisation, le développement d’une notion de propriété seraient des raisons qui auraient poussé à l’invention de la guerre. Les motifs religieux ne sont pas à exclure.

Ces sociétés ont effectivement des croyances au nom desquelles les hommes pratiquent des rituels dès le Paléolithique que l’on qualifie de religieux mais il est impossible de savoir s’ils ont été, ou non, des raisons pour attaquer autrui. Les travaux récents, abandonnant le pacifique paysan des années 1970 à 1990, tendent à avancer des comparaisons en anthropologie et à introduire la notion de « feud », qui est une forme de conflits présents comme un bas bruit, qui règle la vie de certaines sociétés et garantit leur équilibre. Reste là aussi à savoir si cette piste de réflexion peut être directement transposée à des populations habitant à des milliers de kilomètres, des milliers d’années plus tôt…

Âge du bronze, âge de guerre

À l’Âge du bronze, une réalité nouvelle surgit en Europe. La création d’un objet dit littéralement cette fois, et avec certitude, le combat anticipé, organisé : l’épée dont il subsiste des milliers d’exemplaires à travers l’Europe. Cette invention s’accompagne d’ailleurs d’un armement défensif composé de casques, cuirasses et protections diverses. C’est un moment clé dans la course à l’armement qui implique un investissement technique, économique, un contrôle des échanges et un encadrement politique à cette activité dans ces sociétés de guerre.

<span class="caption">Épée de Wimereux, Pas-de-Calais, (sans la poignée en matériaux organiques qui a disparu) ; longueur 56,5 cm. Musée de Boulogne-sur-Mer.</span> <span class="attribution"><span class="source">projet européen « Boat 1550 BC »</span>, <span class="license">Author provided</span></span>
Épée de Wimereux, Pas-de-Calais, (sans la poignée en matériaux organiques qui a disparu) ; longueur 56,5 cm. Musée de Boulogne-sur-Mer. projet européen « Boat 1550 BC », Author provided

La découverte et la fouille du site de Tollense ne font que confirmer cette réalité. Différents types de combattants y ont pris part ainsi que des chevaux domestiqués en Europe vers -1500. Le détail de la périodicité des combats de cette époque est difficile à estimer. En revanche, leur déroulement est mieux estimé aujourd’hui grâce à aux études scientifiques combinées avec la fabrication de répliques des armes et des essais de mise en situation. Pour cette époque de l’Âge du bronze, des exemples soulignent des atteintes volontaires et particulièrement violentes sur les corps, incluant des mutilations, des démembrements, des décapitations comme sur le site de Vélim en Bohème.

Si la guerre au sens plein est désormais incontestable, les raisons de guerre restent mal connues. Les motifs classiques ou récurrents évoqués par Thomas Hobbes ne sont pas anachroniques : profit, sécurité, réputation ont toute leur place dans ces sociétés complexes, hiérarchisées et organisées sur le plan politique. Sans pouvoir entrer dans le détail, il faut y inclure une dimension cultuelle, religieuse qui s’exprime à travers des gestes forts : les atteintes aux corps qui ne sont pas aléatoires, les bris d’armes qui sont également très standardisés et qui sont à mettre en lien avec des croyances. Ces actes volontaires et ritualisés participent d’un processus de déshumanisation des individus et de « défonctionnalisation » de l’arme du vaincu en la privant de son intégrité. Ces gestes ultimes vont au-delà de la mise à mort, réelle et symbolique.

Le rôle de l’archéologie

L’archéologie identifie donc aujourd’hui l’ancienneté de la violence et la naissance de la guerre « classique ». Elle en voit les traces matérielles, tangibles même si l’absence de récits lui interdit certains détails ou motivations. L’épée en est l’incarnation.

Des millénaires plus tard, les hommes n’ont pas cessé leur course à l’armement, ils ont mondialisé la guerre, et en ont inventé de nouvelles formes parfois d’une ampleur et d’une cruauté difficilement qualifiable, se jouant d’innovations techniques et de portée massive. L’invention de moyens si puissants qu’ils risqueraient d’anéantir la planète a conduit au renouveau de formes primitives de combat. L’arme ne joue plus le même rôle symbolique. Le guerrier n’est pas toujours sur un champ de bataille face à un ennemi déclaré et lui aussi en armes. Des instruments très ordinaires de cuisine, des outils et des engins explosifs artisanaux suffisent à des assaillants isolés qui s’attaquent à des cibles choisies. Le discours idéologique prime.

L’archéologie serait sans doute bien impuissante à percevoir et comprendre cette réalité terroriste par l’étude des seuls vestiges sur le terrain. Elle n’en a pas moins un rôle à jouer dans l’appréhension de cette longue durée qui lui est précieuse et, sur le sujet de la guerre, elle n’en est qu’aux prémices. Le chercheur est à la fois dans son temps de vie et dans celui qu’il étudie. Cette dynamique offre un regard double entre un hier ancien et un aujourd’hui – voire un demain – qui nourrit sa réflexion sur le pourquoi autant que sur le comment.

Traquer les premières violences, pointer la naissance d’organisations de guerre, tenter de dater, proposer des mots pour expliquer ce visage le plus sombre de l’humanité. Aux côtés de toutes les sciences humaines, l’archéologie accomplit ses missions et tente de comprendre l’incompréhensible : le droit que des hommes s’arrogent depuis des millénaires d’ôter la vie d’autrui, celle de ses semblables au nom d’idéaux et de motifs indicibles dans tout projet humaniste.

Anne Lehoërff est l’autrice de « Par les armes ; le jour où l’homme inventa la guerre », paru chez Belin en 2018.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

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