Quand l'emploi de vos rêves tourne au cauchemar

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<span class="caption">Les employés sont souvent choqués de découvrir que le travail de leurs rêves consiste à effectuer des tâches subalternes et pénibles. Si les employés doivent apprendre à gérer leurs attentes, les employeurs devraient quant à eux être plus honnêtes sur la véritable nature des emplois qu’ils ont à offrir.</span> <span class="attribution"><span class="source">(Unsplash)</span>, <a class="link rapid-noclick-resp" href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0/" rel="nofollow noopener" target="_blank" data-ylk="slk:CC BY-NC">CC BY-NC</a></span>
Les employés sont souvent choqués de découvrir que le travail de leurs rêves consiste à effectuer des tâches subalternes et pénibles. Si les employés doivent apprendre à gérer leurs attentes, les employeurs devraient quant à eux être plus honnêtes sur la véritable nature des emplois qu’ils ont à offrir. (Unsplash), CC BY-NC

Que se passe-t-il lorsque vous décrochez le poste de vos rêves, mais qu'il s'avère être tout le contraire ?

Les amis, les conseillers en carrière et les médias nous inondent de conseils qui nous invitent à suivre nos rêves, à trouver le bonheur ou à aller au bout de nos passions dans notre vie professionnelle. Ce type de conseil n'est toutefois pas toujours facile à mettre en pratique.

Et même lorsqu'on les écoute, ces conseils peuvent avoir des côtés négatifs, en particulier lorsque nos passions nous mènent à des emplois qui comprennent des tâches routinières et quotidiennes qui ne sont en rien passionnantes. En bref, travailler, c'est souvent difficile.

Un homme regarde son ordinateur
On nous dit de suivre nos passions dans notre carrière, mais que se passe-t-il lorsque l'emploi qu'on a convoité se révèle être une corvée ? (Unsplash)

Les personnes qui décrochent un emploi en science des données et en intelligence artificielle, par exemple, s'attendent à concevoir des algorithmes géniaux qui vont résoudre de gros problèmes. Mais elles se retrouvent souvent à effectuer des tâches subalternes de collecte et de nettoyage de données. Un travail difficile et ennuyeux, en dehors des domaines d'intérêt principaux de l'employé, peut avoir raison de l'excitation d'avoir été embauché par une jeune entreprise.

Et ce ne sont pas toutes les personnes promues à des postes de direction qui sont ravies d'exécuter des tâches de gestion ou qui considèrent cela comme de l'avancement.

Les gens ont tendance à idéaliser le travail dans les médias, la mode, le cinéma, les beaux-arts, les arts du spectacle et d'autres industries culturelles, mais souvent, on finit par y exécuter des tâches plus ingrates que glamour. Tout emploi, en particulier au début, comporte des tâches ennuyeuses.

Le «travail flamboyant» est souvent terne

Cet écart entre les attentes et la réalité quotidienne des emplois est un phénomène que nous avons appelé «travail flamboyant» (glossy work) dans une étude publiée récemment.

Pour cette étude, nous avons interviewé des vérificateurs de faits qui travaillent pour des magazines prestigieux dans un secteur glamour tout en effectuant des tâches subalternes au quotidien. Ils ont dit ressentir une sorte de dissonance entre leur travail et le contexte dans lequel il se déroule.

Voici les propos d'un vérificateur de faits :

Parce qu'on est affilié au magazine, les gens pensent qu'on fait partie d'une étrange royauté, peu importe comment on y est affilié.

Nous avons étudié de quelle manière ce phénomène les affecte.

Pour les employés, la dissonance entre le travail flamboyant et la réalité peut les inciter à essayer de changer la réalité de leur emploi, engendrer de la frustration ou les pousser à quitter rapidement leur poste. Ce type de travail crée également un dilemme quant à la manière de parler de son emploi et de se présenter au monde. Comment équilibrer le besoin de se mettre en valeur et celui d'être pleinement compris et authentique ?

Un travail de camouflage

Nous avons constaté que ces employés ont tendance à présenter leur travail de manière différente selon le public auquel ils s'adressent. Lorsqu'ils parlent avec des personnes tout à fait extérieures — dans le cadre de rencontres sociales, par exemple —, ils se concentrent sur les aspects les plus prestigieux : le fait de travailler dans le journalisme et pour des magazines sur papier glacé.

Pour les auteurs de renom avec lesquels ils collaborent, ils mettent l'accent sur leur expertise et d'autres marques de statut. Et pour les gens de l'intérieur de l'entreprise, ils présentent une vision plus complète de leur travail.

Comme ils se présentent différemment selon leur interlocuteur, toute personne qui n'est pas familière avec leur organisation aura une vision partielle ou déformée de leur travail. La véritable nature du poste est souvent camouflée, ce qui constitue un problème pour ceux qui considèrent d'accepter un emploi du même type.

Lorsqu'ils n'entendent parler que du côté flamboyant, les futurs employés ont de fausses attentes qui alimenteront ensuite le cycle de la déception.

Un homme se passe la main dans les cheveux et semble agit&#xe9; devant son ordinateur portable
Si vous ne connaissez que les éléments flamboyants d'un futur emploi, vous finirez par être déçu. Tim Gouw/Unsplash

Les candidats à un poste peuvent contourner le problème en effectuant des recherches approfondies sur la véritable nature de l'emploi qu'ils souhaitent décrocher. Ils devraient poser des questions sur les tâches quotidiennes du poste et consulter quelques personnes qui l'occupent actuellement ou qui l'ont déjà occupé.

Et les employeurs dans tout ça ?

Le «travail flamboyant» a également un coût pour les employeurs, qui se retrouvent à gérer la frustration des employés et le roulement du personnel. Ils peuvent mettre fin à ce cercle vicieux en offrant un aperçu réaliste de l'emploi. Il ne s'agit pas de montrer uniquement les aspects négatifs, mais de fournir un équilibre honnête entre les aspects prestigieux et ceux qui le sont moins.

Les employeurs peuvent également envisager d'autres façons de distribuer les tâches afin que celles qui sont moins agréables soient réparties entre différents employés et postes.

Il peut être intéressant de permettre aux employés de participer à l'élaboration de leur description de poste et de créer de nouvelles opportunités.

Ils peuvent se montrer ouverts aux efforts des employés pour créer et modifier leur emploi et mettre en œuvre de nouvelles opportunités au sein de l'entreprise.

Une femme sourit devant son ordinateur
L'exécution de nombreuses tâches banales reste toutefois une réalité dans tous les emplois, malgré la promesse que l'IA éliminera de plus en plus de tâches routinières. (Unsplash)

De plus, les responsables du recrutement devraient faire preuve de prudence lorsqu'ils mentionnent la «passion» comme exigence pour un poste. En analysant plus de 200 entretiens pour un projet sur le recrutement dans des entreprises en démarrage, on a pu observer que la passion était un sujet de discussion fréquent. Les responsables du recrutement la recherchaient. Les employés potentiels voulaient la vivre.

Pourtant, aucun des responsables du recrutement qui recherchaient la passion chez les candidats n'a pu décrire comment il évaluait la passion chez ceux-ci, ni pourquoi elle était importante pour le poste à pourvoir. Le risque est d'embaucher des personnes passionnées et de leur fournir un travail qui ne correspond pas à cette passion ou qui l'éteint, créant ainsi une situation problématique tant pour l'employé et que pour l'employeur.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

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Sandra E. Spataro ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.