« Quand tu tombes, tu dois te relever »

·4 min read

Le 4 mars 2020, le monde de Pierre Guimond s’écroulait. Sa ferme laitière sur la rue Miquelon à Saint-Camille était la proie des flammes causant ainsi la mort d’une centaine de bêtes. Près d’un an plus tard, M. Guimond vit encore avec les contrecoups de cette fatidique nuit, mais surtout avec le dur chemin que lui et sa famille ont dû emprunter dans les mois qui ont suivi.

Dès les jours suivant l’incendie, M. Guimond a eu maille à partir avec sa compagnie d’assurance.

« Dès que l’experte en sinistre est venue, j’ai vu tout de suite que ce ne serait pas facile, se souvient-il. Il y avait une résistance. J’avais deux tracteurs qui ont été détruits le long de la bâtisse. C’était des valeurs à neuf et, en partant, elle m’ostinait et ne voulait pas payer. Il y avait zéro compassion. »

Après un mois, alors qu’il voyait que les démarches avec les assurances n’avançaient pas, M. Guimond s’est résolu à engager un expert. Il a donc fait appel aux services de Expertise Marc Ouellette, à Sherbrooke.

« J’ai décidé de l’engager parce qu’on ne réglait rien et on ne faisait que du surplace, souligne-t-il. Les services coûtent quelque chose. Mais si on ne l’avait pas fait, je pense que moi et ma blonde on se serait ramassés en psychiatrie. Ma blonde a été en arrêt de travail pendant deux mois à la suite de l’incendie. Je ne souhaite pas ça à mon pire ennemi. »

Un mois sans assurance

Les assurances de M. Guimond, qui a déjà fait une réclamation pour un garage il y a quelques années, venaient à échéance le 24 septembre. Un mois avant cette date, M. Guimond reçoit une lettre pour l’informer que sa compagnie d’assurance ne voulait plus l’assurer. Quelques jours avant la date butoir, c’est au tour du courtier de M. Guimond de l’appeler pour lui signaler qu’il n’a pas pu lui trouver un autre assureur. La famille Guimond se retrouve donc devant l’inconnu.

« On s’est cogné le nez à plusieurs places et là, le stress et l’anxiété ont pogné solide, avoue-t-il. On a vécu des choses assez toffes. On a été presque un mois pas assuré du tout, ni pour la maison ni pour l’équipement agricole. Tu ne te sens pas bien et tu souhaites qu’il n’arrive rien. »

C’est finalement à Compton que la famille a trouvé un assureur qui lui a permis de retrouver une certaine paix d’esprit.

Pour se tenir occupé, se changer les idées et pour avoir un petit revenu, Pierre Guimond est allé prêter main-forte sur la ferme d’un de ses amis. Ses fils ont également dû se trouver des emplois ailleurs.

Après un incendie, un producteur laitier peut aussi louer ses quotas pendant un maximum de deux ans pour lui permettre d’avoir un revenu.

« Ça ne donne pas un énorme revenu, mais tu n’as pas à nourrir les animaux ou à payer les soins vétérinaires, indique M. Guimond. Ça nous aide un peu à vivre. »

Reconstruction

L’étable n’avait même pas refroidi lors de cette glaciale journée du 4 mars que M. Guimond avait décidé qu’il allait reconstruire. Si tout se passe bien, cela devrait se produire dès le mois de mai. Pour l’instant, M. Guimond est à l’étape du plan d’affaires et du financement.

« Il faut faire faire plein de soumissions et de devis, observe Pierre Guimond. C’est le festival des vendeurs et il a fallu engager une firme d’ingénieurs. »

La ferme laitière sera reconstruite à la fine pointe de la technologie et hébergera environ 150 animaux. M. Guimond, qui ne manque pas de souligner la force de la vague de solidarité de ses amis ou concitoyens de Saint-Camille après l’incendie, profite aussi de l’occasion pour s’associer à son fils aîné William.

« Je me rembarque dans une dette de plus de 500 000 $ à 54 ans. Je le fais pour les jeunes. Avec ces investissements, je vais probablement devoir travailler encore 20 ans. De toute façon, la retraite n’existe presque jamais pour bien des agriculteurs. C’est certain que c’est moins physique avec la traite robotisée. »

Pierre Guimond aurait aussi pu utiliser cette opportunité pour quitter le milieu agricole, mais la passion était trop forte.

« Ça aurait été très difficile à faire, résume-t-il. Tu pourrais faire autre chose et n’avoir plus de dette ou en avoir encore et faire ce que tu aimes. Mon père a travaillé très fort de 1961 jusqu’à sa mort, je ne veux pas que ce soit des efforts pour rien. Dans la vie quand tu tombes par terre, tu dois te relever. »

Simon Roberge, Initiative de journalisme local, La Tribune