Que fait le gouvernement pour les petites entreprises?

·4 min read

Depuis le début de la crise, de nombreuses petites et moyennes entreprises albertaines peuvent compter sur l’aide du gouvernement fédéral grâce à l’octroi de subventions. Or, elles ne peuvent pas en dire autant du gouvernement albertain, alors que de grosses sommes sont injectées dans le secteur pétrolier.

« Le gouvernement albertain se repose sur le gouvernement fédéral », lance, mécontent, Daniel Cournoyer, directeur de la Cité francophone à Edmonton depuis 2012. La Cité est un espace qui permet la location de bureaux et qui offre des services de traiteur dans le quartier francophone de la ville. Sa réaction rejoint la réalité entrepreneuriale de celle de bien d’autres restaurateurs. Tammy Anast, originaire d’Ontario et propriétaire du restaurant grec Yiannis depuis 1989, une enseigne bien connue sur l’avenue Whyte, en sait aussi quelque chose. « Le gouvernement provincial ? Jusqu’à présent, rien pour moi », explique-t-elle.

Les aides

Comme beaucoup de gérants d’entreprise, elle a fait une demande pour obtenir la Subvention salariale d’urgence, une subvention fédérale qui a aidé jusqu’à présent un grand nombre d’entrepreneurs au pays. « J’ai obtenu une compensation pour la plus grande partie de ma masse salariale. J’ai également obtenu un prêt de 40 000 $ accordé aux petites entreprises », détaille-t-elle, faisant toujours référence à l’aide fédérale.

Elle n’est pas la seule à avoir pu compter sur Ottawa. Shawn Good, gérant de la pizzeria Famoso, dit aussi avoir bénéficié de cette aide, mais sans aucun apport de la province. Il affirme avoir perdu jusqu’à présent entre 20 % et 30 % de son chiffre d’affaires.

La subvention fédérale est tombée à pic au début de la pandémie, permettant de couvrir, lors de la première vague, jusqu’à 80 % de la masse salariale. Cependant, depuis septembre, les critères ont changé et sont de plus en plus restreints. La subvention n’est plus qu’à 30 %, au grand dam des entrepreneurs.

« On ne se qualifie plus pour le même montant d’argent. On l’apprécie toujours, mais on aurait aimé que cela reste pareil qu’au mois d’août », explique M. Cournoyer, directeur de la Cité francophone.

Si les entrepreneurs ont pu aussi bénéficier de la subvention fédérale pour les loyers, la pandémie est là plus que jamais et l’aide provinciale demeure quasi absente.

Que fait la province ?

Pas grand-chose ou presque. Du côté provincial, si l’aide est inexistante pour les uns, elle demeure très modique pour d’autres. Mark Wilson, propriétaire depuis 2007 d’une entreprise d’impression d’affiches et de cartes, dit avoir bénéficié d’une aide de 3 000$ de la part du gouvernement provincial.

Une réalité que vient corroborer le directeur de la Cité francophone. « Au niveau de la province, il y a des petits montants. Mais il n’y a presque rien », fait-il remarquer.

Les aides sont donc majoritairement fédérales, voire municipales. En ces temps difficiles, les villes cherchent à prendre le relais. Certaines de ces sommes peuvent monter jusqu’à 5 000$ pour les petites entreprises.

Daniel Cournoyer dénonce, lui, une certaine forme d’inertie de la part du gouvernement provincial. « Les municipalités en font autant qu’elles peuvent avec les petits moyens qu’elles ont. Mais c’est vraiment la province qui contrôle, et elle ne veut pas assumer ses responsabilités envers sa société », déplore-t-il.

Une Alberta à deux vitesses

En parallèle, le gouvernement de Jason Kenney a injecté 1,5 milliard de dollars dans le projet de Keystone XL. En Alberta, on assiste à un décalage inquiétant entre l’aide octroyée aux géants du secteur pétrolier et celle offerte aux acteurs d’une économie plus petite, mais indispensable au fonctionnement ainsi qu’à l’épanouissement de la société albertaine. Le cabinet de Jason Kenney n’a pas commenté sur l’aide éventuelle qu’il pourrait apporter aux entrepreneurs de la province.

En attendant, les entrepreneurs en Alberta serrent les dents. « Je fais face à la situation en travaillant autant que je peux, en réduisant les heures de travail de mes employés, et en achetant des produits moins chers », explique Tammy Anast.

Aujourd’hui, son chiffre d’affaires est à 50 % de son revenu normal. « Les mois d’été ont baissé d’environ 30 %. Maintenant, je pense que nous allons descendre à 70 % avec les restrictions sanitaires, et que la saison de Noël est complètement ratée », dit-elle avec angoisse.

À la perte financière et au manque de soutien de la province vient s’ajouter l’inquiétude des « demi-mesures ». Comment encourager l’entrepreneuriat local quand les services de santé de la province envoient le message contradictoire de rester chez soi ? Entre malaise et confusion, l’Alberta ne sait plus où donner de la tête dans un modèle économique apparemment devenu à deux vitesses.

Hélène Lequitte, Initiative de journalisme local, Le Devoir