Que nous réserve 2021… en économie?

·4 min read

L’année 2020 derrière nous, à quoi peut-on s’attendre en 2021? Nous avons discuté des défis économiques qui nous attendent avec Brigitte Alepin, professeure en fiscalité au Campus de Saint-Jérôme de l’UQO.

D’entrée de jeu, Mme Alepin veut être claire. « Je ne peux vraiment rien prédire en ce moment. Rien dans cette pandémie n’était prévisible. » Elle indique que plusieurs économistes de renommée se sont aventurés à faire des prévisions en 2020, mais que celles-ci se sont souvent révélées erronées.

Elle rappelle aussi que la situation actuelle est sans précédent. Les gouvernements ont dû prendre rapidement des décisions radicales. « On sera longtemps en train d’analyser : est-ce qu’on a pris les bonnes décisions? »

Elle souligne que les présents gouvernements sont ceux qui ont le plus d’expérience dans la gestion d’une pandémie. « Je ne sais pas quelle note je donnerais aux gouvernements. Ce n’est pas parfait, mais ils l’ont quand même gérée. On doit toutefois s’attendre, espérer qu’ils ont appris, et qu’ils seront plus proactifs qu’en réaction, en 2021. »

Malheureusement, Mme Alepin est certaine d’une chose : les gouvernements continueront à faire des déficits pendant un bon bout de temps. Tant au fédéral qu’au provincial, la dette publique a explosé, gonflée par les mesures pour contenir la pandémie et pour soutenir financièrement les citoyens et les entreprises pendant la crise.

Si certains économistes espèrent une relance économique vigoureuse après la vaccination, Mme Alepin croit que cela sera bien insuffisant pour renflouer les coffres de l’État. Sans compter que des investissements supplémentaires seront nécessaires pour cette relance… « Ça va être difficile. Tout le monde s’en vient à sec! »

Selon la fiscaliste, nous n’aurons plus le choix d’imposer davantage les « méga-riches » et les multinationales, pour qu’ils contribuent à leur juste part. « Mais la pandémie coûte tellement cher, ça ne sera pas assez », avertit-elle.

Ainsi, les déficits et la dette, nécessaires pour vaincre la pandémie, devront être gérés avec prudence.

Ce qui inquiète aussi la professeure, c’est l’inflation. « On n’en parle pas assez, il faut poser des questions! » Difficile de connaître l’impact précis des dépenses gouvernementales sur l’inflation, mais déjà les prix des aliments ont augmenté, par exemple.

« Quelles seront les conséquences? Comment va-t-on gérer ça? Doit-on s’en soucier? Les taux d’intérêt pourraient augmenter. Là, tout est contenu, nous ne sommes pas en crise, mais ça peut débouler vite! »

Si l’inflation s’accélère, elle peut devenir un cercle vicieux et se transformer en hyper-inflation. Alors les prix augmentent exponentiellement, chaque dollar a de moins en moins de valeur, jusqu’à ce que votre fonds de pension ne vaille plus rien.

Difficile d’évaluer si le risque est réel ou non, mais selon Mme Alepin, les gouvernements devraient, à tout le moins, se pencher sur la question.

Impossible également de prédire quel impact la pandémie aura eu sur la mondialisation. « Au début, on croyait que ça donnerait peut-être lieu à moins de mondialisation. De plus en plus, je lis des choses qui disent le contraire. »

D’un côté, les États ont fermé leurs frontières, ont cherché à produire davantage de biens localement, comme les masques, et les consommateurs, comme au Québec, se sont tournés vers l’achat local. De l’autre côté, les États ont dû collaborer et se coordonner pour certains efforts, et les pressions pour plus de coopération internationale sont grandes.

« Aux États-Unis, Joe Biden a tenu tête à la concurrence fiscale internationale, en promettant de rehausser le taux d’imposition des corporations de 21 à 28 %. Il y a aussi un nombre critique de pays qui veulent un impôt minimum mondial. C’est le dernier jalon qu’il nous manquait pour la mondialisation. »

Dans tous les cas, l’ordre géopolitique et économique mondial est irrémédiablement bouleversé… même s’il est encore hasardeux d’en prédire les conséquences.

Enfin, Mme Alepin prévient que les citoyens seront moins tolérants face à la concentration de la richesse par les milliardaires et les multinationales, qui paient peu ou pas d’impôt. « Quand les gens avaient un emploi, du pain frais à manger, de bons soins médicaux, quand tout allait bien, les gens acceptaient. Mais maintenant, ils n’accepteront plus. »

Simon Cordeau, Initiative de journalisme local, Journal Accès