Que nous réserve 2021… en politique?

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L’année 2020 derrière nous, qu’est-ce que 2021 nous réserve? Nous avons discuté de ce qui nous attend en politique avec Pier-Olivier Fraser, professeur de science politique au Cégep de Saint-Jérôme.

Des élections municipales sont prévues cet automne, avec un scrutin le 7 novembre. Difficile de prédire maintenant quels enjeux définiront la campagne, mais selon M. Fraser, l’augmentation de la population dans les Laurentides aura certainement un rôle à jouer.

« Les aspirants maires devront se positionner en termes de développement urbain. » De plus en plus de citadins choisissent de s’installer dans les Laurentides, un phénomène qui s’est accéléré avec la pandémie et l’adoption du télétravail. « Cela augmente la pression sur le parc immobilier, et explique l’explosion du coût des maisons. »

Les candidats devront donc choisir entre favoriser le développement urbain, pour accommoder plus de résidents, ou le limiter, pour conserver les milieux forestiers, le plein air et le caractère paisible de la région.

« En ce moment, que ce soit le gouvernement de François Legault ou celui de Justin Trudeau, les deux jouissent d’un niveau d’appui très élevé. » M. Fraser tient toutefois à souligner que, pour M. Legault, cet appui était à son plus haut au début de la crise, et qu’il décline lentement depuis. « L’appui populaire envers les mesures semble décliner, au fur et à mesure que la crise perdure. » Le temps pourrait aussi jouer contre François Legault pour une autre raison.

Le professeur de science politique rappelle également que des pouvoirs extraordinaires ont été octroyés au gouvernement, pour lui permettre de gérer la crise. Cela implique que, après la crise, il devra y avoir une reddition de comptes. « Il n’est pas exclu que, à ce moment-là, il y ait émergence de scandales. Étant donné que le gouvernement agit dans l’urgence, il n’est pas impossible qu’il ait commis des erreurs. »

Les commentateurs politiques parlent beaucoup de la possibilité d’élections fédérales cette année, mais M. Fraser n’est pas du même avis. « D’abord, c’est toujours risqué de faire des pronostics. Mais si je dois me risquer, je dirais qu’il n’y aura probablement pas d’élections en 2021. »

Avec un gouvernement minoritaire à Ottawa, il faudrait que les trois partis d’opposition votent ensemble pour faire tomber le gouvernement de Justin Trudeau.

Selon M. Fraser, le Bloc québécois n’aurait rien à perdre, mais rien à gagner non plus. Sans compter que le statut quo d’un gouvernement minoritaire les avantage.

Le Parti conservateur n’est simplement pas prêt pour des élections. « Erin O’Toole n’est pas encore bien installé, il n’est pas bien connu. Ailleurs au Canada un peu, mais au Québec, il n’a pas réussi à s’imposer dans le paysage politique. Et en ce moment, il a d’autres chats à fouetter. Il tente de se dissocier des éléments d’extrême droite et des conservateurs sociaux au sein de son parti. »

Quant au NPD… « Il faut l’oublier, à moins d’un changement radical. » Dans les sondages, le parti stagne autour de 18 % depuis la dernière élection, et Jagmeet Singh, chef néo-démocrate depuis 2017, semble incapable d’inverser la tendance.

Du côté des Libéraux, Justin Trudeau est présentement la cible de nombreuses critiques concernant sa gestion de la crise. Mais même si la situation lui était avantageuse, il devrait faire porter l’odieux d’un déclenchement d’élections en pleine pandémie sur l’un des partis d’opposition. Cette manœuvre politique risquée pourrait alors se retourner contre lui.

Même si Donald Trump a quitté la Maison-Blanche, la présidence de Joe Biden s’annonce difficile. « Son principal défi sera de réunifier la nation, qui est excessivement divisée en ce moment. » Sans oublier que les deux grands partis américains sont loin d’être monolithiques, prévient M. Fraser. Il n’est pas impossible que les propositions plus ambitieuses de Joe Biden se butent à des divisions au sein même du parti démocrate.

La question du trumpisme, de son avenir et de sa place dans la droite américaine, occupera également la politique américaine au courant des prochaines années, selon M. Fraser. Trump est parvenu à unifier derrière lui des groupes marginaux et hétéroclites, mais avec sa défaite, l’avenir de son mouvement est incertain, tout comme celui du parti républicain.

Simon Cordeau, Initiative de journalisme local, Journal Accès