Réglementation brassicole : la « courtepointe » à balancer

Jasmine Rondeau, Initiative de journalisme local
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Sherbrooke — Les demandes actuelles des microbrasseries visent des mesures d’urgence, mais c’est plutôt une révision complète de la réglementation de l’industrie qui est réclamée depuis plusieurs années. Pour le brasseur Mathieu Garceau-Tremblay, de la microbrasserie 11 Comtés, il est temps de reconnaître l’apport économique des microbrasseries indépendantes, à l’inverse des conglomérats et des multinationales.

« Les microbrasseries sont des vecteurs de développement économique majeur dans les régions où elles sont implantées, exprime le copropriétaire de la brasserie rurale de Cookshire-Eaton. On attire les jeunes familles et les entreprises près de nous. Même nous, ça ne fait pas longtemps qu’on est là et on a déjà un impact sur notre économie locale. C’est de l’argent qui reste au Québec. On achète aux agriculteurs québécois, nos fruits viennent de la MRC... et nos producteurs de fruits viennent nous acheter de la bière. Cette économie-là crée la richesse du Québec. »

Même s’il appuie « à fond » la revendication d’un décret d’urgence pour assouplir les règles du secteur, en permettant par exemple la livraison au consommateur ou la participation à des marchés publics, celui-ci croit qu’il incombe tout d’abord d’accorder enfin un statut juridique particulier aux microbrasseries québécoises indépendantes produisant moins de 500 000 hectolitres par année.

« On ne veut pas donner le droit à la livraison aux Molson, Labatt et Sleeman de ce monde. Il faut aussi faire attention, parce que les distributeurs et les détaillants, ce sont nos alliés là-dedans. On ne veut pas les contourner. L’idée c’est vraiment plus d’avoir un statut qui nous permettrait ensuite de demander des assouplements réglementaires ou des lois qui vont favoriser uniquement les microbrasseries et non l’ensemble sur secteur de la bière au Québec. »

Comme l’image Marie-Eve Myrand, présidente de l’Association des microbrasseries du Québec, l’industrie compose avec « une courtepointe de mesures légales et réglementaires qui se tiennent ensemble, mais qui se tiennent de peur » en plus d’être désuètes.

Par exemple, l’existence de deux types de permis, « artisan brasseur » et « brasseur », considéré industriel, brime plusieurs entreprises en termes de distribution chez les détaillants.

« Parfois, c’est un choix de modèle d’affaires, mais souvent, la raison pour laquelle ont va prendre un permis d’artisan brasseur, c’est parce que la réglementation municipale ne permet pas la détention d’un permis dit industriel en zone commerciale. C’est un problème qui existe depuis des années, mais là, en temps de pandémie on le voit bien. »

Puis, il y a la directive d’interprétation au sein de la Régie des alcools, des courses et des jeux qui leur refuse l’accès aux marchés publics ou à la livraison sur les bases qu’ils ne sont pas des producteurs agricoles.

« C’est un non-sens et on le demande depuis des années. Il n’y a pas de gouvernement qui mette ça en priorité, la promotion des boissons alcoolisées au Québec », dit Mme Myrand.

Paniers locaux

Pour M. Garceau-Tremblay, il y a toute une contribution aux circuits courts qui pourrait s’ouvrir aux microbrasseries, si on leur en donnait le droit. « On se fait souvent approcher pour faire des paniers locaux, dit-il. Ça bloque parce qu’on ne peut pas mettre de bière dans le panier. » Un souhait que partage également Christophe Pernin, propriétaire de la Mare au diable à Sherbrooke.

Jasmine Rondeau, Initiative de journalisme local, La Tribune