Rémi Bouchard poursuit une tradition familiale presque centenaire

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Depuis 40 ans, il est fidèle au poste tous les matins, et bien souvent le soir, sans jamais avoir vraiment pris de vacances. Rémi Bouchard opère sans relâche l’un des plus vieux commerces encore en activité à Dolbeau-Mistassini : la Cordonnerie Bouchard du boulevard Wallberg.

« Je suis né là-dedans et j’ai toujours fait ça. J’avais 17 ans quand j’ai commencé à travailler à l’année avec mon père, mais j’étais toujours dans l’atelier avec lui le soir bien avant cela. C’est lui qui m’a montré à travailler et comme j’aimais ça, je n’ai jamais arrêté », raconte le sympathique cordonnier.

Assez pour que pendant le confinement qui l’a forcé à fermer boutique pendant un mois et demi au printemps, Rémi Bouchard ne tenait plus en place.

« Je n’avais jamais pris deux semaines complètes à aller jusque-là. On se tanne vite d’être devant la télé à ne rien faire. Je venais au magasin faire un peu de classement et travailler sur de petites choses. Quand on est habitué d’être dans le public, c’est ennuyant d’être à la maison. »

De père en fils

L’histoire de la Cordonnerie Bouchard remonte aux années 40, lorsque Adélard Bouchard, sellier de métier, s’installe à Dolbeau. Son fils Normand reprendra les rênes du commerce dans les années 50 et ce sera ensuite au tour de Rémi de vivre de la cordonnerie pour une 3e génération.

Un métier artisanal qui exige patience, minutie et la connaissance de différents matériaux et appareils.

« Je me souviens que j’étais dans la vingtaine et que je commençais à me trouver bon. Mon père m’avait dit : quand tu vas pogner 40 ans, tu vas être à l’aise. J’ai 56 ans et des fois, je me dis que je commence juste à être à l’aise, je m’améliore encore! »

Méticuleux

La clé pour un travail bien fait, affirme Rémi Bouchard, est de se montrer exigeant et de ne pas hésiter à reprendre à zéro lorsque l’on n’est pas satisfait du résultat.

« Si une réparation n’est pas à mon goût, je recommence. J’ai une patience à toute épreuve alors s’il faut que je recommence 5 fois pour être satisfait, c’est ce que je vais faire. Heureusement, je travaille rapidement. Ça fait 40 ans que j’utilise la même machine à coudre, alors quand je m’y mets, ça roule! »

Quand on a ça dans le sang, difficile de faire autre chose. Rémi Bouchard a même passé outre une potentielle carrière de pilote pour suivre la voie de son père et de son grand-père.

« J’avais passé ma licence de pilote et mon père m’avait bien dit que si je voulais poursuivre cette carrière, qu’il n’y avait pas de problème. J’aimais piloter, mais pas autant que la cordonnerie. »

Rémi Bouchard n’a toutefois pas de relève devant lui et comme le métier de cordonnier se perd tranquillement, il est peu probable que le magasin puisse poursuivre son histoire sous sa forme actuelle lorsque l’heure de la retraite sonnera. Mais pour ce passionné, sonnera-t-elle seulement?

Serge Tremblay, Initiative de journalisme local, Le Lac St-Jean