Rose Coco: des couches lavables populaires de Saguenay à Hong Kong

·5 min read

TEXTE 1 DE 2

De Saguenay à Hong Kong, les couches lavables de Rose Coco, une jeune entreprise de La Baie, connaissent un succès qui dépasse toutes les attentes de ses cofondatrices Marianne et Emmanuelle Simard.

Derrière les étagères de tissus colorés et aux motifs de toutes sortes de leur atelier situé au sous-sol d’un immeuble commercial, les deux sœurs dirigent la petite entreprise fondée il y a deux ans. Elles y gèrent les commandes qui se multiplient à travers la province, en Europe et en Asie.

Installée à son bureau dans un coin, Marianne Simard, chef de projet en informatique de métier, crée des motifs pour tissus sur son écran. Elle y surveille également les tendances du moment, suit les ventes et se consacre à l’idéation de nouvelles couches et articles pour bébés faits de matériaux naturels tels que le coton, le bambou, le lyocell, le chanvre ou la laine de mérinos.

À quelques mètres, sa sœur Emmanuelle suit attentivement les contours d’un patron, debout derrière sa table de travail, afin de donner forme à un morceau de tissu. Le roulement régulier des machines à coudre des deux couturières qui les accompagnent marque le bruit de fond du petit atelier où couches, lingettes démaquillantes, serviettes hygiéniques et sous-vêtements lavables voient le jour.

Les produits qui voient le jour dans l’atelier de la jeune entreprise sont presque exclusivement vendus via son site Web, les réseaux sociaux étant le principal outil de marketing des deux soeurs.

Et ça fonctionne. «On a trop de demandes pour ce qu’on est capable de faire», laisse tomber Marianne, rencontrée par Le Progrès avec Emmanuelle dans l’atelier baieriverain situé dans l’édifice du 105 boulevard de la Grande-Baie Nord. La mère de deux jeunes enfants ne pensait pas, un jour, que les couches lavables qu’elle a créées à l’origine pendant son premier congé de maternité connaîtraient un tel succès.

L’approvisionnement en tissus et matériaux, qui demande un important budget et des investissements, est pour l’instant l’élément qui freine la jeune entreprise dans son expansion. «Si on était capable de produire encore plus, on pourrait fournir des magasins», renchérit pour sa part Emmanuelle. Auparavant coiffeuse, elle a accepté il y a deux ans de se lancer dans cette aventure entrepreneuriale avec sa soeur, voyant le potentiel du projet.

Points de vente en Europe et en Asie Leurs couches lavables ont attiré l’attention en Asie et en Europe, si bien que des entreprises les ont contactées pour devenir des points de vente de Rose Coco, sans qu’elles n’aient aucune démarche à faire à l’international.

Les confections imaginées par les deux jeunes femmes se retrouvent aujourd’hui dans des boutiques, physiques ou en ligne, de Hong Kong, de Suisse et de France. Les produits ont aussi déjà été revendus en Asie à partie de Taïwan, d’où est venue la première approche de l’international pour Rose Coco il y a un peu plus d’un an. «On trouvait ça louche au départ!», se rappelle en riant Emmanuelle.

Après vérifications, les deux entrepreneuses ont constaté l’engouement de la classe moyenne émergente pour ce genre de produits écologiques en Asie. «C’est à la mode de commander des affaires “Made in Canada”, “Made in USA”, “Made In Europe”», souligne Marianne.

Des clients des États-Unis, du Danemark, du Portugal ou encore de la Nouvelle-Calédonie ont également passé des commandes dans la dernière année.

Un intérêt alimenté par la crise Malgré le succès inattendu connu en Asie et en Europe, la grande majorité des ventes de Rose Coco demeurent au Québec. Et ce, toujours en ligne à partir de l’atelier baieriverain, alors que l’entreprise ne possède qu’un dépositaire à Sainte-Brigitte-de-Laval, près de Québec.

En deux ans, les ventes mensuelles de l’entreprise ont doublé. Elles ont en fait «explosé» lorsque la crise sanitaire a éclaté au printemps dernier, rapportent les partenaires d’affaires. Rose Coco pouvait alors recevoir jusqu’à 500 commandes par mois.

L’intérêt grandissant pour les produits québécois et le mode de vie zéro déchet expliquent à leurs yeux l’essor des produits Rose Coco. L’offre de couches plates, qui s’utilisent comme des langes, pouvant être pliées de différentes façons pour épouser les formes de bébé, a permis à l’entreprise de se démarquer lors de son lancement, estime Marianne Simard.

Les couches réutilisables «à poche», qui proposent un tout-en-un avec insertion absorbante, étaient alors plus courantes sur le marché québécois. Rose Coco propose aussi des couches moulées, qui peuvent s’attacher avec un système de boutons à pression.

«Le but de Rose Coco, c’est de prôner l’utilisation de matériaux plus naturels. C’est plus doux, ça respire plus, c’est plus écologique aussi», expose Marianne, qui a délaissé la gestion de projets en informatique pour se consacrer maintenant à temps plein au développement de l’entreprise. Elle compte d’ailleurs se lancer à la recherche d’investisseurs prochainement.

Retour en région Pour se dédier au projet entrepreneurial, la jeune mère de famille vient d’effectuer un retour au Saguenay-Lac-Saint-Jean après plusieurs années passées à Longueuil. Elle souhaitait rejoindre à La Baie sa petite soeur, qui portait la confection au sein de l’entreprise à bout de bras depuis le lancement.

C’est en fait dans le petit quatre et demi d’Emmanuelle que la première machine à coudre de Rose Coco avait été installée. Des débuts rocambolesques, rapportent les deux sœurs, qui ont été marqués de hauts et de bas. «Je nous ai trouvées folles à plusieurs reprises!», avoue Emmanuelle.

«C’est notre engagement l’une envers l’autre qui nous a beaucoup portées, ajoute pour sa part Mariane, en posant son regard sur sa sœur. Mais c’est aussi, énormément, notre succès envers la clientèle.»

Myriam Gauthier, Initiative de journalisme local, Le Quotidien