Rose Lithium-Tantale : espoirs et inquiétudes

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Impacts sur l’emploi, le transport, la culture et l’environnement, la population de la région a eu l’occasion de questionner les dirigeants d’Éléments Critiques lors des audiences publiques des 15, 16 et 18 février.

Ces audiences étaient encadrées par le Comité d’examen des répercussions sur l’environnement et le milieu social (COMEX).

S’il est accepté, le projet se déploiera à une quarantaine de kilomètres au nord de Nemaska. La fosse aura 1,6 kilomètre par 1 kilomètre, avec 200 mètres de profondeur.

Le projet a une durée de vie de 17 ans, en plus desdeux années de construction.

La mine de lithium et de tantale emploierait environ 300 travailleurs, privilégiant Cris et Jamésiens. Il est anticipé que l’exploitation du gisement, que le président d’Éléments Critiques qualifie « d’un des plus purs au monde », débute en 2023.

Les ententes sur les avantages et les répercussions

Au niveau politique et organisationnel, le projet suscite plusieurs questions. Un trappeur de Nemaskaa manifesté le souhait que sa communauté ait,comme Eastmain, une entente sur les répercussions et les avantages.

Il lui a été répondu que la corporation était ouverteà une telle entente,mais que le chef de Nemaskadevrait en être avisé.

L’ancien grand chef des Cris, Ted Moses, un membre de la collectivité d’Eastmain, a déploré n’avoir jamais réussi à voir cette entente.

On l’a assuré que l’entente Phikuuattau, dont une partie est confidentielle, avait été signée par le Grand Conseil du gouvernement cri et par le Conseil de la communauté d’Eastmain.

« La confidentialité ne les exempte pas de nous consulter, a rétorqué M. Moses. […] Le chefet son conseil doivent recevoir un mandat de leurs membres pour que leurs actions soient valides. […] Nous n’avons pas été consultés. »

Il a rappelé que la Cour suprêmedu Canada et la Déclaration des Nations-Unis sur les droits des peuples autochtones lui garantissent le droit d’être consulté et de fournir unconsentement éclairé. Il souligne, par ailleurs, qu’il n’estpas contre le projet de mine.

Eau et faune

À Eastmain et à Nemaska, où les consultationsavaient eulieu en direct et de manière virtuelle, plusieurs citoyens ont manifesté leurs inquiétudes sur l’impact de la mine sur l’eau et la faune.

« Je pense à l’avenir demes enfants et mes petits-enfants, a dit Charles Cheezo.Nous devons tenir compte du volume d’eau qui sera altéré. Je pense à la faune, les orignaux, les ours, les castors. Ces animaux sont des utilisateurs de ce territoire depuis des temps immémoriaux. Quels seront les impacts sur cette faune? J’ai été voir un ami qui pêchait dans la région de Matagami. J’ai vu des poissons qui semblaient venir d’ailleurs. Ils avaient une grosses tête et un petit corps. […] Je m’inquiète des animaux qui subiront le même sort. »

La conseillère en environnement d’Éléments Critiques, Jacqueline Leroux, a rassuré la population. « Toute l’eau est collectée par des fossés et pompée dans une usine de traitement d’eau, a-t-elle précisé. Les bassins de résidus seront filtrés et séchés. Il y aura un système automatisé pour surveiller les affluents et des gens formés pour les déversements dans l’équipe de sécurité. Nous pourrons réagir très rapidement. »

La directrice enenvironnement d’Éléments Critiques, Anne Gabor, affirme que l’impact sur le bassin versant sera minime. Deux lacs devrontêtre asséchés, qu’on propose de vider préalablement de leurs poissons et de les relocaliser. On envisage de créer une frayère pour les esturgeons sur la rivière Eastmain.

Le président de la compagnie affirme que sa mine sera de type « hard rock deposit », qui ne nécessite pas beaucoup d’eau.

Transport

Les concentrés doivent être transportés par camion jusqu’à Matagami où le train prendra ladirection d’infrastructures portuaires. On estime qu’il y aurait un trafic quotidien de 22 camions de 90 tonnes avec remorque.

Ce transport, commecelui aussi des fournisseurs, a inquiété plusieurs habitants d’Eeyou Istchee, particulièrement durant la saison de la chasse.

Mais le directeur des opérations d’Éléments Critiques, Paul Bonneville,garantit que des actions seront prises durant la saison de la chasse pour minimiser les impacts et,qu’en tout temps, des limitations de vitesse seront imposées.

La filière transports de Matagami

Le 15 février, le directeur général de Matagami, Daniel Cliche, a fait un plaidoyer pour sa ville. Il a dit souhaiter qu’Éléments Critiques prenne en considération la main-d’œuvrelocale et le centre de transbordement, pivot de la stratégie de transport de Matagami.

« On fait des efforts pour développer la filière du transport semi-automatiséet on vise même le développement de projets pilotes le long de la baie James, a déclaré M. Cliche. « Le pôlelithium peut devenir un outil exceptionnel pour développer le transport électrique et le transport semi-automatisé. »

Le président d’Éléments Critiques, Jean-Sébastien Vallée,l’a assuré que Matagami était « considéré fortement » comme un arrêt pour récupérer les travailleurs pour la mine, soit en avion, soit en navette par autobus.

Il a aussi dit que c’était dans les plans de la compagnie d’établir un bureau régional pour les emplois administratifs, dans une municipalité qui sera déterminée au cours des prochains mois.

Le public peut faire parvenir ses mémoires et émettre ses commentaires jusqu’au 18 mars.

Denis Lord, Initiative de journalisme local, La Sentinelle