Santé mentale: Québec investit 100 millions $, mais Carmant nie l'existence d'une crise

Patrice Bergeron
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QUÉBEC — Au lendemain de la tuerie qui a fait deux morts et cinq blessés dans le Vieux-Québec, le gouvernement Legault ajoute 100 millions $ pour des services en santé mentale, tout en niant l'existence d'une crise sur cet enjeu.

L'opposition officielle déplore pour sa part que les caquistes minimisent ainsi l'ampleur de la «crise» actuelle.

L'annonce des 100 millions $ était prévue pour le 12 novembre, lors de la mise à jour économique du ministre des Finances, mais elle a été devancée, a confirmé le ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant, en conférence de presse lundi à l'Assemblée nationale.

Le gouvernement Legault voulait ainsi «rassurer la population» à la suite de la cavale sanglante de la nuit de samedi à dimanche dans la capitale.

«Ce qui est arrivé en fin de semaine, c'était imprévisible et il ne faut pas le lier à la pandémie de façon si définitive», a déclaré M. Carmant, en ajoutant qu'on peut «tenter le mieux possible d'éviter ce genre de situation», mais que «le risque zéro n'existera pas».

Depuis des semaines, voire des mois, l'opposition parle d'une «crise» en santé mentale, cependant le ministre persiste à démentir.

Une occasion manquée

«La tragédie de la fin de semaine est une autre occasion tellement triste de mettre en grand relief l'ampleur de la crise en santé mentale devant nous», a déclaré le porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé mentale, le député libéral David Birnbaum, en entrevue avec La Presse Canadienne lundi. Il a toutefois refusé de lier clairement ce drame à la «crise» en santé mentale.

«L'annonce d'aujourd'hui démontre que l'angélisme de Lionel Carmant était devenu intenable», a pour sa part déclaré le porte-parole de Québec solidaire (QS), Gabriel Nadeau-Dubois, qui déplore que les sommes annoncées ne sont pas récurrentes et n'iront donc pas au-delà de 2022.

«La situation est préoccupante, mais sous contrôle, et c'est pour ça que j'évite le terme de crise», a dit M. Carmant, même si la liste d'attente pour obtenir de l'aide psychologique dans le réseau de la santé comporte 16 000 noms.

En conférence de presse lundi, le premier ministre François Legault a pour sa part évoqué une hausse importante des problèmes de santé mentale: ils touchaient 2 % de la population autrefois, mais maintenant la proportion atteint 15 %.

M. Birnbaum appelle le gouvernement à «admettre la réalité» et à constater qu'il fait face à «une situation presque jamais vue». L'opposition libérale réclame depuis le mois d'août une commission parlementaire pour entendre les experts qui conseilleraient les élus.

Services et «sentinelles»

Sur les 100 millions $ annoncés lundi, 35 millions $ serviront à acheter des services en santé mentale dans le réseau public. Dans cette enveloppe, une somme de 10 millions $ sera réservée aux jeunes de 17 à 29 ans, présentement en attente de services psychologiques au niveau collégial ou universitaire.

En outre, un investissement de 20 millions $ servira à créer des équipes de «sentinelles», sur le terrain, qui iront à la rencontre des clientèles vulnérables, en vue de faire entre autres de la prévention.

Dix autres millions de dollars iront aux organismes communautaires impliqués auprès des personnes souffrant de maladies mentales. Quelque 5 millions $ iront à accélérer la mise en place de la stratégie numérique de prévention du suicide.

Une trentaine de millions sont prévus pour 2021-2022 pour améliorer les services en santé mentale dans les établissements du réseau de la santé.

Pas plus tard que jeudi dernier, les libéraux ont demandé de nouveau la tenue d'une commission parlementaire, ce qui a été écarté par la Coalition avenir Québec (CAQ). David Birnbaum est revenu à la charge au cours d'une interpellation au Salon bleu vendredi.

De son côté, le ministre a répondu en faisant référence aux programmes d'autosoins, c'est-à-dire que les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale peuvent puiser dans leurs propres forces pour surmonter leur détresse.

Patrice Bergeron, La Presse Canadienne