Santé mentale : des réactions à l’annonce de Lionel Carmant

·4 min read

SANTÉ. Le nouvel investissement de 100 M$ en santé mentale annoncé par le ministre délégué à la Santé et Services sociaux, Lionel Carmant, est généralement bien reçu par les intervenants du milieu. Ce qui n’empêche pas d’émettre des recommandations.

Association des médecins psychiatres du Québec C’est le cas de l'Association des médecins psychiatres du Québec. «Ce sont des investissements nécessaires pour la population plus fragile et qui seront chaleureusement accueillis par les équipes sur le terrain. Le véritable défi demeure l'arrimage et la gestion de ces sommes pour que la population ne soit plus trimballée de gauche à droite. Il faut briser les silos», souligne la présidente de l’Association Karine J. Igartua. Concrètement, l'Association souhaite proposer au ministre Carmant des recommandations qui faciliteront la mise en place des budgets annoncés afin qu'ils puissent se traduire par des résultats tangibles pour les Québécois.

Ainsi, l'Association propose ce qui suit :

· En plus des psychologues, que l'ensemble des professionnels qui ont le statut de psychothérapeutes au sens du Code des professions (infirmières et infirmiers, conseillers d'orientation, criminologues, ergothérapeutes, psychoéducateurs, sexologues, travailleurs sociaux et thérapeutes conjugaux et familiaux) puissent être mis à contribution et avoir accès aux budgets annoncés. Ces professionnels doivent être intégrés aux services des Guichets d'accès en santé mentale qui sont la porte d'entrée du réseau.

· Que la mise en place d'équipes de prévention soit arrimée avec les équipes existantes.

· Que les éclaireurs fassent équipe avec les forces policières pour intervenir lors des appels d'urgence en lien avec la consommation et les troubles mentaux, et collaborent étroitement avec les équipes en santé mentale. Non seulement leur intervention permettra de désamorcer les crises, mais ces équipes pourront faire des suivis à domicile dans les jours suivants pour aider les personnes souffrantes à prendre du mieux, évitant ainsi les rechutes et le syndrome des portes tournantes aux urgences.

· Que les organismes communautaires soient des partenaires privilégiés du Guichet d'accès en santé mentale pour faciliter l'arrimage entre le réseau de soins et les services dans la communauté.

L'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)

De son côté, l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) reconnaît qu'un autre pas a été effectué par le ministre Carmant pour augmenter les services en santé mentale, mais elle aurait aimé que les investissements annoncés soient présents dans les années à venir. «Ce n'est pas assez. Il faut multiplier et accélérer les pas, sinon nous ne surmonterons jamais cette crise. Les investissements en santé mentale annoncés aujourd'hui doivent non seulement devenir récurrents, mais ils doivent également être suivis par d'autres, et rapidement. Il faut renforcer la première ligne d'intervention dans les CLSC. Les psychologues jouent un rôle majeur dans cette crise, mais il ne faut pas oublier que de nombreux services sont également offerts par des équipes multidisciplinaires composées de personnes travailleuses sociales, éducatrices spécialisées, psychoéducatrices, ergothérapeutes et autres intervenantes. Et ces équipes n'existent pas dans le secteur privé», indique la présidente de l'APTS, Andrée Poirier. La volonté des partis d'opposition à l'Assemblée nationale de tenir une commission parlementaire sur la santé mentale trouve une oreille plus que favorable du côté de l'APTS. «Ce n'est pas en "patchant" les trous creusés par les années d'austérité et les multiples réformes qui ont affaibli les services psychosociaux que le gouvernement Legault va pouvoir s'en sortir. On ne peut pas annoncer des millions de dollars pour renforcer les services et n'avoir aucune stratégie pour favoriser l'attraction et la rétention des intervenant·e·s qui procurent les soins et les services. Il faut aborder le problème d'une manière globale, sinon on va jeter l'argent par les fenêtres», ajoute Andrée Poirier.

Réseau Avant de Craquer

Au-delà des investissements, le gouvernement du Québec doit faire de la santé mentale une véritable priorité nationale et mieux soutenir les familles qui sont aux premières loges face à la maladie mentale lance le Réseau Avant de Craquer, un organisme qui regroupe 41 associations. «Nous saluons l'annonce du ministre Carmant et les associations de familles veulent participer aux solutions proposées par le ministre, dont notamment celle de développer un réseau de sentinelles et des stratégies numériques. Avec les drames récents qui ont secoué le Québec, nous craignons que les familles touchées par la maladie mentale, pour éviter d'être stigmatisées, attendent encore plus longtemps avant d'aller chercher de l'aide et de développer elles-mêmes des troubles de santé mentale. Nous espérons que le gouvernement donnera aux organismes communautaires les moyens pour soutenir les nombreuses familles touchées directement par la maladie mentale. Nos associations et les familles font partie de la solution», déclare René Cloutier, directeur général du Réseau Avant de craquer.

Stéphane Lévesque, Initiative de journalisme local, L'Hebdo Journal