Se relever d’un incendie...pour le mieux

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Sherbrooke — Pour les Lemay, agriculteurs depuis plusieurs générations dans le secteur de Brompton, l’incendie qui a ravagé la production laitière familiale en août 2010 a été l’occasion de prendre un pas de recul. Et si c’était le moment de respirer un peu plus ?

Le plan avait toujours été clair : Louis-Philip Lemay devait graduellement reprendre la production laitière de la famille et en faire sa carrière. Mais après qu’un incident électrique ait détruit leur étable et abattu 120 bêtes, son père Jocelyn a estimé qu’il pouvait offrir une meilleure vie à sa relève, sans même quitter le monde agricole.

« J’ai connu ça, travailler sept jours sur sept pendant 10 ans, témoigne Jocelyn Lemay. Que tu sois malade ou que t’aies une entorse à une cheville, tu dois y aller. Avec l’argent qu’on avait des assurances et la valeur du quota, j’ai dit à mon gars “t’en as en masse, pourquoi recevoir des coups de queue dans la face le restant de ta vie ?” »

C’est l’une des raisons qui a amorcé le début d’un projet différent pour la famille : se tourner vers les grandes cultures.

Le processus d’indemnisation s’est bel et bien déroulé sans anicroche et les montants étaient justes, témoigne le duo. « Mais si on reconstruisait, ça aurait été trois robots, une grande étable... Je ne voulais pas amancher mon gars en petites culottes. Ça aurait été des millions d’investissements. Je savais où on s’en allait », raconte Jocelyn, qui avait lui-même dû largement investir pour rebâtir après un incendie, en 1988.

Les producteurs ont été en mesure de louer leur quota laitier pendant deux ans en attendant de prendre une décision, pour finalement mettre la main sur différentes propriétés avoisinantes avec les montants d’indemnisation et de vente du quota. De quoi se monter un petit empire de 850 acres de culture, en plus de 250 acres de terre à bois.

« Ça a été difficile les deux premières années, témoigne Louis-Philip, qui devait tout à coup revoir le plan de sa vie. Ça me faisait peur, parce qu’avec le lait, les paies rentrent tous les quinze jours. Mais après deux ou trois ans, on s’est rendu compte qu’on s’était suffisamment diversifiés. »

Métier exigeant

Aujourd’hui, la Ferme Lemay S.E.N.C. se spécialise dans la production de blé, de soja et de foin de commerce, en plus de louer de la machinerie, de déneiger à forfait et de tirer des loyers de quelques demeures.

Il ne faudrait cependant pas croire que les deux producteurs, maintenant âgés de 72 et 38 ans, se la coulent douce, préviennent-ils. En grandes cultures, l’hiver est un peu plus tranquille, « mais l’été, on peut finir à minuit, 1 h du matin », explique Louis-Philip.

« Sauf qu’en production laitière, il y a toujours quelque chose la nuit. Le matin, s’il est rendu 6 h, t’es en retard. En grande culture, avant 9 h ou 10 h, ça ne presse pas. Toute ma vie, j’ai avalé mon café d’une gorgée. Maintenant, on peut le déguster », renchérit son père.

Et même s’il a marqué un tournant, l’incendie d’août 2010 demeurera toujours un événement tragique pour la famille. « On connaissait toutes nos vaches, alors quand on les entend beugler comme elles le faisaient... Ça ne dure pas longtemps, mais c’est dur », confie Jocelyn, qui avoue avoir mis deux ans avant de pouvoir poser les yeux sur un feu de camp.

Jasmine Rondeau, Initiative de journalisme local, La Tribune