Simard Suspensions: en route vers la croissance

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Ce qui a commencé comme une petite boutique de forge en 1935 est aujourd’hui une des plus grandes entreprises basées dans la région de Charlevoix. De père en fils, d’Emmanuel Simard à André-Marie Simard, la boutique est devenue un atelier de réparation de camions pour ensuite se spécialiser dans la modification de camions dans les années 80.

David Tremblay est arrivé dans l’entreprise en 1994. Il a commencé au bas de l’échelle comme commis aux pièces, puis a gravi les échelons jusqu’à devenir directeur et racheter la compagnie en 2009.

Simard Suspensions conçoit des systèmes de suspensions pour les camions lourds et dessert des clients situés aux quatre coins de l’Amérique : du Chili jusqu’en Alaska, puis de Vancouver jusqu’à Terre-Neuve. Leur expertise couvre plusieurs créneaux, du secteur de la construction jusqu’au domaine minier.

Au début des années 90, le chiffre d’affaires de Simard Suspensions tournait autour du million. Désormais, il dépasse les 30 millions. «Il n’y a pas beaucoup d’entreprises dans Charlevoix avec ce chiffre d’affaires», souligne le président.

Les cycles économiques, il les a vus se succéder. Des attentats du 11 septembre 2001 à la crise financière de 2009, jusqu’à aujourd’hui, avec la pandémie de COVID-19.

COVID ou pas, l’entreprise prépare déjà sa croissance en plaçant soigneusement ses pions : nouveau directeur général, nouvelle directrice des ressources humaines, nouveau directeur d’ingénierie. «Notre prochain objectif, c’est d’atteindre le 50 millions de chiffre d’affaires. Et pour cela, il faut sélectionner les meilleurs joueurs pour l’équipe.»

Ce changement dans la structure organisationnelle se poursuit sur le plancher de production, où l’entreprise est à la recherche d’une quinzaine d’employés.

S’ajoutent à cela des investissements. Dans la dernière année, Simard Suspensions a déboursé plus de 5 millions pour informatiser la production, acquérir un robot soudeur, installer un banc d’essai permettant de simuler le comportement dynamique d’une suspension et ouvrir une nouvelle succursale à Lavaltrie. Celle-ci s’ajoute aux deux usines situées à Baie-Saint-Paul et aux six installateurs aux États-Unis et au Mexique.

Pour la suite des choses, l’entrepreneur voit grand. Le carnet de commandes est rempli pour les prochains mois et il garde le cap sur la croissance en misant sur les exportations aux États-Unis, «où la croissance est infinie.»

Attirer la main-d’œuvre

Même si la production a ralenti en mars, presque tout est revenu à la normale. La quasi-totalité des 180 employés est de retour au boulot et l’entreprise renoue avec son principal enjeu d’antan, soit le recrutement de personnel qualifié.

Depuis 2003, un DEP en montage-soudage en partenariat avec la Commission scolaire de Charlevoix a permis à Simard Suspensions de recruter une centaine d’employés. «Cela représente sans aucun doute un élément très important qui a contribué à notre croissance», souligne M. Tremblay. Mais les cohortes se rétrécissent au fil des ans. «La réalité démographique nous rattrape.»

Selon Sébastien Gauthier, conseiller pédagogique pour le service aux entreprises de la Commission scolaire de Charlevoix, le DEP est «sous-respirateur» depuis 2000, mais il a été «réanimé» dès 2019. Le cursus a dû être adapté, voire renouvelé, afin de rendre la formation plus attractive.

Désormais, la formation offerte en 11 mois est entièrement rémunérée et en alternance ­école-travail. Pour la cohorte 2019-2020, 13 élèves y sont inscrits. Simard Suspensions a déjà embauché quatre d’entre eux. Trois autres entreprises de la région sont aussi partenaires, soit Industrie Océans, Sitec Quartz et Produits forestiers.

Celles-ci s’engagent à rémunérer leurs apprentis tout en bénéficiant d’une subvention gouvernementale. «Si on n’avait pas l’aide de Services Québec, on n’aurait aucun élève», croit le conseiller pédagogique. Le projet pilote s’étant bien déroulé, 16 places seront disponibles pour la prochaine cohorte.

Malgré tout, la formation ne répond pas à tous les besoins. Simard Suspensions s’est aussi tourné vers l’immigration. L’entreprise a d’ailleurs participé au Salon de l’immigration et de l’intégration au Québec, à la mi-novembre. En une seule journée, elle a reçu plus de 200 CV. Le seul hic, tous ces candidats habitent encore à l’étranger.

«Ils n’ont pas traversé les mailles du filet de l’immigration, donc ça ne comble pas les besoins à court terme, indique M. Tremblay. [Les faire venir ici], c’est coûteux et ça prend du temps.» Ce dernier précise que les délais du processus administratif peuvent s’échelonner entre 12 à 24 mois.

L’année prochaine, le président prévoit tout de même augmenter son effectif à 200 employés, dont 12 provenant des Philippines qui se joindront à eux en janvier.

Dynamiser la communauté

Outre le partenariat avec la Commission scolaire de Charlevoix, Simard Suspensions demeure très impliqué dans sa communauté. Comme peu d’entreprises de leur envergure sont basées dans Charlevoix, Simard Suspension se fait solliciter pour plusieurs initiatives, autant culturelles que sportives.

L’entreprise est d’ailleurs partenaire du hockey mineur dans Charlevoix et commandite la patineuse artistique charlevoisienne Rose Savard-Ferguson qui aspire à une carrière olympique.

«On ne le fait pas pour avoir un retour, mais plutôt pour partager et s’assurer que notre communauté est dynamique», lance M. Tremblay.

Originaire des Éboulements et élevé sur une ferme laitière, l’entrepreneur considère sa région comme l’une des plus belles. Mais Charlevoix est l’une des nombreuses victimes de la dévitalisation causée par l’exode rural.

Du 30 millions de chiffre d’affaires de l’entreprise, 8 millions sont versés en salaires. Le président de Simard Suspensions précise que cet argent provenant de l’étranger est redistribué directement dans la région.

Un 30 millions, qui d’ici trois ans atteindra 50 millions, espère-t-il, même si le développement d’affaires se complique à l’ère de la COVID. Les voyages à l’étranger et les rencontres face à face étant devenues presque impossibles, l’entreprise «fait donc du millage sur sa réputation et son réseau de contacts».

Entre-temps, Simard Suspensions utilise Facebook et LinkedIn pour se faire connaître auprès de nouveaux clients, surtout en vue de conquérir le marché américain.

Mais rien de mieux, selon M. Tremblay, que d’aller sur le terrain pour rencontrer des entrepreneurs et se faire connaître. «Ce n’est pas impossible, mais c’est plus difficile. En affaires, ça prend de la résilience, de la patience et de la persévérance», souligne le président, optimiste.

Car le cap du 50 millions, voire du 100 millions, «ce n’est qu’une question de temps.»

Myriam Boulianne, Initiative de journalisme local, Le Soleil