Contrats forfaitaires: SNC-Lavalin veut négocier pour atténuer ses pertes

Julien Arsenault
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MONTRÉAL — Les grands projets de construction clé en main continuent à donner des maux de tête à SNC-Lavalin, qui souhaite négocier avec les promoteurs de certains projets, dont celui du Réseau express métropolitain (REM), dans le but de récupérer une partie des pertes qu'elle attribue à la pandémie de COVID-19.

Ces contrats à prix fixe, pour lesquels les entreprises absorbent généralement les dépassements de coûts, ont continué à porter ombrage aux efforts de recentrage de la firme québécoise vers les services d'ingénierie — sa nouvelle pierre angulaire. Au troisième trimestre, SNC-Lavalin a affiché une perte nette de 85,1 millions $, ou 48 cents par action, en plus d'abaisser certaines perspectives. Ses revenus ont décliné de 432 millions $, à 2 milliards $.

À la Bourse de Toronto, vendredi, la multinationale a vu son action toucher un creux des 52 dernières semaines, en se négociant temporairement à 17,50 $. Le titre a clôturé à 18,64 $, en baisse de 2,03 $, ou 9,82 %.

La perte ajustée du segment des projets forfaitaires s'est accentuée à 100 millions $ au troisième trimestre, alors qu'elle avait été de 45 millions $ il y a un an. Ce résultat tient notamment compte d'une charge de restructuration de 25,8 millions $ pour la division des ressources. La crise sanitaire a aussi miné la productivité sur des chantiers et le président et chef de la direction de SNC-Lavalin, Ian Edwards, souhaite partager la facture.

«Nous cherchons activement à récupérer nos pertes, a-t-il dit aux analystes, dans le cadre d'une conférence téléphonique. Il y a des façons pour recouvrer (des sommes) dans les contrats. Nous nous attendons à récupérer une partie des pertes.»

Cibles précises

Sans évoquer de montants précis, M. Edwards a néanmoins ciblé trois projets au Canada: le REM — où SNC-Lavalin mène le consortium chargé de la construction — ainsi que les contrats pour le train léger sur rail Eglinton (Ottawa) ainsi que celui de la ligne Trillium (Ottawa). Il n'avait pas été possible, vendredi après-midi, d'obtenir un commentaire de la part de CDPQ Infra, responsable du chantier du REM, à propos du souhait de SNC-Lavalin.

La pandémie de COVID-19 limite le nombre de travailleurs qui peuvent se retrouver au même endroit, a illustré M. Edwards, en ajoutant que cela pouvait par exemple ralentir la cadence des travaux lorsque l'espace est restreint, comme dans des tunnels.

«Pour (travailler en hauteur) cela est difficile parce que seulement deux personnes peuvent entrer à la fois dans un ascenseur comparativement à 20 (auparavant), a ajouté M. Edwards. Cela engendre des pertes de productivité.»

Le segment des projets forfaitaires comprend également une somme de 58 millions $ à la suite d'une décision d'arbitrage défavorable à SNC-Lavalin dans le cadre d'un litige avec un client pour un ancien projet de la division des ressources qui n'a pas été identifié. La restructuration de ce secteur, où l'on a éliminé 5000 emplois depuis le début de l'année, devrait être complétée en 2021, selon M. Edwards.

Un peu mieux

Dans le secteur des services d'ingénierie, le résultat ajusté s'est établi à 142 millions $, alors qu'il avait été de 175 millions $ au troisième trimestre l'an dernier. Les revenus ont décliné de 3,3 %, à 1,45 milliard $.

«Nous nous attendons à ce que les investisseurs soient déçus par les pertes (du côté des projets forfaitaires), a écrit l'analyste Benoit Poirier, de Desjardins Marchés des capitaux, dans une note. Néanmoins, notre approche à l'égard de SNC-Lavalin est axée sur la création de valeur à long terme (...) et cela n'a pas changé puisque les résultats des services d'ingénierie ont dépassé les attentes.»

En excluant les éléments non récurrents, la firme montréalaise a perdu 19 cents par action, alors qu'elle avait affiché un profit de 1,24 $ à la même période il y a un an.

Au troisième trimestre l'an dernier, SNC-Lavalin avait engrangé un bénéfice de 2,76 milliards $, ou 15,70 $, alors qu'elle avait réalisé un important gain grâce à la vente d'une partie de sa participation dans l'autoroute à péage 407, en banlieue de Toronto.

Quant au dernier trimestre de l'exercice en cours, SNC-Lavalin anticipe que le chiffre d'affaires de ses services d'ingénierie décline au maximum de 5 % advenant que la pandémie ne provoque pas d'autres «changements importants» dans le monde.

Entreprise dans cette dépêche: (TSX:SNC)

Julien Arsenault, La Presse Canadienne