Solange Chaput-Rolland : Ma voisine inconnue

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Lorsqu’on s’intéresse à l’histoire et à la politique, on finit par croire qu’on en connaît tous les grands personnages. Mais il arrive que certains d’entre eux nous échappent, et on les découvre alors avec une curiosité renouvelée. Pour moi, ce fut le cas avec Solange Chaput-Rolland. Écrit avec l’aide de Mario Fauteux.

J’ai grandi à Prévost. Durant mon adolescence et ma vingtaine, j’ai passé un nombre incalculable d’heures à discuter avec un ami, aussi de Prévost (allô Philippe!), de politique canadienne. Notre sujet préféré était probablement cette époque tumultueuse du référendum de 1980, du rapatriement de la Constitution et de l’accord du lac Meech (et son échec). Nous avons appris à connaître ses principaux acteurs : Trudeau père, Lévesque, Bourassa, Mulroney, Charest, et j’en passe. Nous avons même lu les mémoires de quelques-uns d’entre eux! Mais jamais le nom de Solange Chaput-Rolland n’est apparu dans nos discussions. Jusqu’à tout récemment, je ne savais même pas qu’elle avait existé.

Née en 1919 à Montréal et décédée en 2001 à Sainte-Marguerite-Estérel, Solange Chaput-Rolland a eu une influence non seulement ici, dans les Laurentides, mais à l’échelle nationale, pancanadienne, à une époque charnière du pays.

Comme journaliste émérite, elle écrit des éditoriaux dès les années 1940. Marc Laurendeau la décrit même comme une pionnière du journalisme d’opinion. En 1955, elle fonde le magazine mensuel Point de vue, dans lequel écriront Judith Jasmin et Pierre Bourgault, entre autres. Elle participera à plusieurs journaux, à plusieurs émissions de radio et de télé, tout au long de sa carrière. À sa mort, elle avait publié 25 livres.

À la suite de l’élection du Parti québécois en 1976, Pierre Elliott Trudeau, alors premier ministre du Canada, forme la Commission Pépin-Robarts sur l’unité canadienne en 1977. Chaput-Rolland en sera membre et parcourra le pays pendant 2 ans. Dans ses recommandations, le rapport final propose un fédéralisme asymétrique avec le Québec, pour sauver la confédération, ainsi qu’une réduction du pouvoir fédéral au profit des provinces. Les positions de Chaput-Rolland auront une influence importante dans sa rédaction.

À l’invitation du chef libéral Claude Ryan, Chaput-Rolland se présentera comme candidate dans la circonscription de Prévost aux élections partielles de 1979. Elle siégera à l’Assemblée nationale jusqu’en 1981, où elle sera défaite par le péquiste Robert Dean. Elle militera activement pour le camp du Non, et sera même conférencière aux rassemblements des Yvettes : un mouvement populaire de femmes opposées à l’indépendance.

Brian Mulroney la nommera sénatrice en 1988 et elle siégera à la Chambre haute jusqu’à sa retraite, en 1994.

Vous savez comment j’ai découvert Solange Chaput-Rolland? Parce qu’elle était l’épouse d’André Rolland, fils de Jean Rolland, celui qui gérait la papeterie de Mont-Rolland, à Sainte-Adèle. Mais ce sera probablement la dernière chose que je mentionnerai, lorsque je l’inviterai dans mes prochains débats politiques entre amis.

« J’ai été déçue parce que la femme n’y a pas encore une place reconnue… Acceptée de la population, oui… Mais à l’intérieur du caucus, c’est plus difficile; à l’intérieur de l’Assemblée nationale, c’est infernal. J’ai les mêmes déceptions que Lise Payette à cause des mêmes choses. Les hommes sont très lents à prendre des décisions, en règle générale. La femme les prend vite. Elle ne les prend peut-être pas mieux que les hommes, mais sa vie de femme, sa vie de mère, sa vie de femme d’intérieur fait que tous les jours elle doit prendre une décision. »

Simon Cordeau, Initiative de journalisme local, Journal Accès