Sondage : la pandémie, difficile pour le corps aussi

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Trois-Rivières - «Un esprit sain dans un corps sain». Combien de fois a-t-on entendu cet adage qui nous rappelle que l'un et l'autre ont besoin d'être au diapason pour bien fonctionner. La pandémie influence bien sûr la «dureté du mental», mais a ralenti les activités physique de plusieurs, si bien que plus de la moitié des Québécois interrogés dans le cadre d'un sondage Navigator effectué pour le compte des Coops de l'information avoue avoir pris «un peu» (42%) ou «beaucoup» (9%) de poids depuis que la COVID-19 a fait irruption chez nous.

Dans cette période trouble que nous traversons, des expertes en condition physique sont d'avis que le gouvernement provincial aurait eu intérêt à considérer le sport comme un exutoire aux contraintes apportées par la pandémie.

«C'est triste, c'est dommage qu'un organisme comme la Santé publique n'ait pas pu trouver une façon d'ouvrir les centres d'entraînement. Au-delà du poids, ce sont des douleurs qui reviennent pour certains, c'est difficile sur le moral de d'autres», lance Laurie Bellerive, propriétaire du Centre athlétique TR.

Bien qu'elle veuille se garder de critiquer la Santé publique, Mme Bellerive s'explique toujours mal la décision du gouvernement, plusieurs mois plus tard.

«Je comprends le message qui est d'aller jouer dehors et tout ça, mais ce n'est pas adapté pour tous. Ce n'est pas suffisant pour certains, qui ont besoin de plus que ça. On aurait à la limite pu trouver une façon que les entraînements privés puissent se tenir», ajoute-t-elle.

Kinésiologue chez Énergie Cardio, Anne-Gaëlle Valmy abonde dans le même sens.

«Je pense que ça a été une très grave erreur de la part du gouvernement de fermer les gyms. Il faut permettre une accessibilité. Beaucoup de gens ont perdu les belles habitudes de vie qu'ils avaient développés avant la pandémie», se désole-t-elle.

Pour l'experte, la perte de poids n'est pas seulement due à une mauvaise alimentation ou à un mode de vie plus sédentaire.

«Il y a tout une cascade hormonale, un ''packaging émotionnel'' qui entre en ligne de compte. Des facteurs psychologiques comme le stress et l'anxiété, la fatigue ou la démotivation, la peur, la dépression peuvent avoir un impact considérable sur la santé physique. Les tensions dans notre corps finissent par se faire ressentir également. On est un peu débalançés», explique Mme Valmy.

La satisfaction et le réconfort générés par l'exercice physique font aussi la différence, en temps normal.

«Les hormones sécrétées par l'exercice nous font du bien. Quand on s'entraîne, on ne veut pas ''scraper'' les efforts que l'on vient de faire en mangeant n'importe quoi.»

Au laboratoire Loricorps de l'UQTR, la chercheure Marie-Josée St-Pierre est d'avis que la consommation de nourriture et le chamboulement de la routine contribuent largement à la tentation d'étirer le bras et de grignoter plus souvent qu'il ne le faudrait.

«Notre relation avec la nourriture a changé pendant la pandémie. La proximité du garde-manger, moins d'encadrement avec la routine des repas. Notre propre temps distribué autrement. C'est comme si la structure avait changé», explique-t-elle.

«Les gens devraient se demander : est-ce que j'écoute mes signaux de faim ou je mange parce que la nourriture est à proximité? C'est ça, le défi : écouter notre corps parce qu'il nous renseigne.»

Le même genre de réflexion s'applique en ce qui a trait à la consommation d'alcool. Le sondage Navigator démontre en ce sens que la consommation d'alcool de 35% des Québécois a «un peu augmenté» (28%) ou «beaucoup augmenté» (7%).

«Si on prend l'alcool, il peut être consommé comme un apaisement, mais il faut que la consommation soit signifiante et se demander pourquoi on consomme», ajoute Mme St-Pierre.

Marc-André Pelletier, Initiative de journalisme local, Le Nouvelliste