Sonia Pronovost, celle qui donne vie aux oiseaux d'Assassin's Creed

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Les grands oiseaux qui accompagnent les protagonistes des trois derniers titres de la série Assassin’s Creed ont tous pris vie grâce au travail minutieux de Sonia Pronovost, d’Ubisoft Saguenay. La passionnée d’oiseaux a même suivi un cours de fauconnerie pour rendre ses animations les plus réalistes possible.

Sonia Pronovost est l’animatrice Gameplay qui a donné vie aux aigles Senu et Ikaros, qui accompagnent les joueurs dans leur aventure dans les jeux vidéo Assassin’s Creed Origins et Assassin’s Creed Odyssey, parus en 2017 et en 2018.

Les oiseaux de proie jouent un rôle important dans les deux univers historiques, qui se déroulent en Égypte et en Grèce antique. Les fidèles compagnons sont les yeux des personnages principaux et peuvent être contrôlés par les joueurs pour survoler le monde qui les entoure ou attaquer des ennemis.

L’animatrice est également derrière le corbeau Synin, le compagnon ailé du dernier-né de la série au succès mondial, Assassin’s Creed Valhalla, lancé il y a un peu plus d’une semaine. L’oiseau y occupe un rôle tout aussi important, perché sur l’épaule d’Eivor, personnage viking qui évolue en Norvège et en Angleterre, vers 875.

Lorsque son équipe lui a proposé d’animer Senu, Sonia Pronovost n’a pas hésité avant d’accepter le défi, elle qui a animé de nombreux animaux dans sa carrière, depuis plus de 20 ans. « J’étais aux anges, super contente », laisse tomber la passionnée d’animaux, qui affectionne particulièrement les oiseaux.

Une animation à la main

Et le défi en était un avant tout artistique, pour animer ce premier compagnon ailé de la série. « Il faut vraiment faire de l’animation à la main, que nous, on appelle, dans notre jargon, de l’animation qui est “keyframée” », explique-t-elle, en entrevue avec Le Progrès.

Un travail minutieux qu’elle adore. « Quand l’animation est terminée, c’est toi qui l’as fait au complet, ça vient de tes tripes », exprime celle qui travaille pour Ubisoft Saguenay depuis environ un an, après avoir quitté Ubisoft Montréal pour le studio de Chicoutimi afin de se rapprocher de la nature.

Cette façon de faire plus artisanale est différente des techniques employées pour animer un humain. La capture de mouvement (motion capture) d’un acteur, qui revêt un habit recouvert de capteurs, est alors préférée. Les mouvements sont enregistrés pour offrir un rendu virtuel plus réaliste.

Mais impossible d’employer la même technique pour les animaux. « Quand on a des animaux, on ne peut pas leur mettre un petit costume de motion capture ! », lance-t-elle.

S’imprégner des comportements

C’est ce qui l’a amenée, de sa propre initiative, à suivre un cours de fauconnerie à Mont-Tremblant. L’animatrice souhaitait s’imprégner des comportements des oiseaux de proie pour s’assurer que les mouvements et réactions de Senu soient le plus réalistes possible.

Elle a alors été marquée par la rapidité et l’agilité du rapace, avec lequel elle a passé quelques heures en forêt, durant le cours d’initiation.

« Quand il arrivait sur mon bras, c’était d’une délicatesse. Mon bras ne bougeait même pas ! C’était vraiment particulier. Je ne m’attendais pas à ça. Il y a des petits détails comme ça que j’aurais manqués si je n’avais pas vécu l’expérience », rapporte Sonia Pronovost, qui avoue alors s’être sentie « comme une enfant ».

Ces détails sont importants pour l’animatrice, afin que les joueurs développent un lien fort avec l’animal. « Il faut vraiment s’imprégner de l’âme de notre personnage, parce que le public doit vraiment tomber en amour pour pouvoir garder un intérêt dans notre produit », souligne-t-elle.

Elle n’hésite pas non plus à visiter des refuges pour animaux pour analyser leurs comportements et visionne de nombreuses vidéos pour guider ses animations.

De l’aigle au corbeau

Après l’aigle Senu, le travail a été moins important pour l’animation d’Ikaros dans Odyssey, puisqu’elle disposait déjà d’un « squelette » pour l’animation de l’oiseau de proie.

Passer de l’aigle au corbeau, avec Synin, pour le tout récent Valhalla, a cependant demandé quelques adaptations à Sonia Pronovost. Elle a dû revoir le vol, les pattes et la position de l’oiseau.

Et son comportement aussi, alors que le corbeau, oiseau charognard, n’est pas à l’affût comme un prédateur. « Ce sont des oiseaux mal-aimés, parce qu’ils sont noirs et qu’ils sont souvent représentés comme des oiseaux de malheur, mais ce sont les oiseaux les plus intelligents », insiste celle qui a multiplié ses recherches sur ce corvidé.

Pourquoi aime-t-elle autant les oiseaux ? « Je pense que c’est parce qu’ils volent », laisse-t-elle tomber, tout simplement.

Ayant passé de la vie urbaine à la vie en région, elle a maintenant l’occasion, depuis sa maison à Saint-Honoré, de parfaire ses observations d’oiseaux. « J’ai plein de mangeoires, s’émerveille-t-elle. Il y a plein d’espèces que je n’avais jamais vues avant. »

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DES GESTES DE CAMARADERIE À UNE CAMARADERIE MASCULINE

L’animation des deux aigles et du corbeau jouables des derniers titres d’Assassin’s Creed a permis à Sonia Pronovost d’apporter sa touche personnelle à la relation entre les oiseaux et les personnages.

Par exemple, l’animatrice Gameplay chez Ubisoft Saguenay a proposé d’ajouter de petits gestes d’affection et d’interaction entre Bayek, protagoniste de Assassin’s Creed Origins, et son compagnon de voyage ailé, Senu, une femelle aigle de Bonelli.

« Ils ont quasiment une relation frère et soeur, image Sonia Pronovost. Il fallait qu’on ressente ça. »

Des animations ont alors été ajoutées pour permettre au joueur de gratter l’aigle sur la tête ou sur le cou, lorsqu’il repose sur l’avant-bras de Bayek, un ajout qui a été apprécié par plusieurs joueurs.

Ceux qui ont également pris plaisir à flatter les chats qu’ils croisaient sur leur passage dans Origins doivent aussi ces petites pauses félines à une animation de Sonia Pronovost.

Pour le corbeau Synin, compagnon d’Eivor dans Assassin’s Creed Valhalla, la relation entre l’oiseau et son maître est différente. La relation fraternelle est délaissée pour miser plutôt sur une camaraderie masculine. La personnalité de l’oiseau est aussi « complètement différente », adaptée à l’ambiance sombre donnée au jeu, qui se déroule dans l’ère viking.

« Ils voulaient un oiseau qui était un peu plus dark, tough », explique-t-elle.

Les grattouillements affectueux laissent alors place à un oiseau qui « picosse » et qui peut être « tannant », rapporte-t-elle en riant.

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CANULAR À MONTRÉAL

Par ailleurs, sur un autre sujet, Le Progrès a voulu savoir comment l’équipe d’Ubisoft Saguenay, qui a des liens étroits avec Ubisoft Montréal, a été affectée par le canular qui voulait faire croire à une prise d’otages, le 13 novembre dernier. Le studio de Chicoutimi n’est cependant pas autorisé à parler du sujet.

Le studio saguenéen, ouvert en 2018, compte 73 employés, qui sont actuellement majoritairement en télétravail en raison de la pandémie.

Myriam Gauthier, Initiative de journalisme local, Le Quotidien