Starlink, sauveur ou imposteur ?

Simon Roberge, Initiative de journalisme local
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Plusieurs Québécois l’attendent avec impatience. Le projet Starlink a franchi une étape supplémentaire cette semaine alors que le CRTC lui a donné le feu vert pour l’obtention d’une licence. Starlink prévoit même commencer ses tests au Canada incessamment. Est-ce que ce projet est enfin la solution au problème de l’accès à l’internet haute vitesse dans les régions ? Deux spécialistes croient que oui.

Le réseau Starlink, dernier bébé du milliardaire Elon Musk, l’homme derrière la compagnie Tesla, vise à fournir l’internet à la planète entière à l’aide d’un réseau de 12 000 satellites en orbite basse autour de la Terre. Le réseau dit être en mesure d’atteindre des vitesses de 100mb/seconde.

« C’est majeur et ce qu’il faut comprendre, c’est que traditionnellement la transmission de l’internet par satellite est victime de ce qu’on appelle la latence, c’est-à-dire un délai de transmission avec les satellites géostationnaires, explique Gaston Dufour, directeur général par intérim de la Fédération des coopératives de câblodistribution et de télécommunication du Québec. Ce phénomène-là empêche d’avoir une transmission qui rencontre les normes de la haute vitesse à environ 10 Mb par seconde. »

Pour contrer ce problème, les satellites de Starlink orbiteront autour de la Terre à une distance de 550 kilomètres. À titre de comparaison, les satellites géostationnaires sont habituellement stationnés à 36 000 kilomètres de la surface terrestre.

« C’est plus rapide que la fibre optique, c’est vraiment wow! et ça va changer les choses », souligne M. Dufour.

Dans le bois

Selon Sébastien Roy, directeur du programme de génie électrique à l’Université de Sherbrooke, l’internet proposé par Starlink fonctionnerait peu importent les conditions climatiques.

« Avec les fréquences qu’ils utilisent, il paraît que la pluie n’est absolument pas un problème, mentionne-t-il. Les arbres peuvent l’être par contre. Pour assurer une couverture en continu, les satellites ont un certain angle. Si un arbre coupe la ligne de vue, ça peut nuire au signal. Mais plus il y aura de satellites, plus l’angle va s’élever et, éventuellement, elle sera à 40 degrés et les arbres seront moins problématiques. »

Une solution pour le gouvernement

Environ 340 000 foyers au Québec n’ont pas accès à l’internet haute vitesse. Une situation qui nuit évidemment au développement des régions qui ont de la difficulté à attirer des entreprises et des travailleurs. Ces régions se privent aussi des possibilités du télétravail.

Mais de brancher tous les Québécois est peut-être un problème qui n’a pas vraiment de solution.

« Une des grandes difficultés pour le gouvernement, c’est que l’internet haute vitesse est une cible mouvante qui change d’année en année, indique Sébastien Roy, qui a participé à des rencontres gouvernementales sur la meilleure façon de connecter les gens en région. Si tu installes une infrastructure spécialisée pour brancher trois ou quatre maisons dans le fin fond de l’Abitibi et que deux ans plus tard c’est désuet et qu’il faut recommencer, ce n’est pas attrayant. »

« Comme à l’époque où la téléphonie s’est répandue, les compagnies préfèrent brancher seulement les villes parce que les régions n’étaient pas rentables et le gouvernement a dû insister et investir pour desservir les régions », ajoute-t-il.

Sébastien Roy avance même que le gouvernement devrait regarder beaucoup plus sérieusement les initiatives comme Starlink et peut-être abandonner du même coup les investissements massifs pour brancher les Québécois.

« Je pense qu’à ce stade-ci ce n’est peut-être pas nécessaire de développer autre chose, résume-t-il. Ça va pouvoir être couvert par satellite. »

Il y a toutefois quelques inconvénients, dont celui de concentrer encore plus de pouvoir dans les géants technologiques.

« Si ça fonctionne aussi bien qu’ils le souhaitent, ça va renforcer les grands monopoles technologiques, souligne Sébastien Roy. Starlink appartient à Space X qui est une compagnie privée. Mais derrière Space X, il y a des investissements d’Alphabet, un conglomérat qui comprend déjà Google. En tassant les petits joueurs et en ayant un gros système contrôlé par un pseudo monopole, est-ce que le client est mieux servi à long terme? A priori on pourrait croire que oui, parce que pour mettre sur pied ce genre de système ça prend des moyens conséquents. Ça peut toutefois avoir des inconvénients à long terme. »

Peu de détails

Pour l’instant, il est difficile de savoir quand Starlink pourra fournir l’internet aux régions du Québec. Sur son site, on mentionne que le service sera offert aux États-Unis et au Canada en 2020 pour s’étendre au reste du monde en 2021. Il n’y a environ que 800 satellites sur les 12 000 prévus en orbite. Pour le coût de l’abonnement, il est question de 80 $ US par mois.

Simon Roberge, Initiative de journalisme local, La Tribune