Starlink: une menace pour le ciel étoilé

Simon Roberge, Initiative de journalisme local
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Depuis le début de l’ère spatiale en 1957, il y a eu 5560 lancements de fusées qui ont placé environ 9600 satellites en orbite, selon l’Agence spatiale européenne. De ces satellites, 5500 sont encore dans l’espace, dont 2300 qui fonctionnent toujours. Space X a déjà l’autorisation, pour le projet Starlink, de lancer 12 000 satellites. Le chiffre de 42 000 satellites a même déjà été avancé lorsque le projet sera mature.

« Au moins huit autres compagnies sont en train de mettre des satellites en orbite pour faire des réseaux internet, y compris Apple, Samsung, Amazon, etc., indique Sébastien Roy, professeur à la faculté de génie de l’Université de Sherbrooke. Le ciel va devenir très encombré assez rapidement. »

Cet encombrement soulève évidemment des enjeux concernant les risques de collision dans l’espace, mais il cause aussi plusieurs maux de tête aux astronomes, qui voient ces satellites se positionner entre eux et les étoiles.

Sébastien Giguère, coordonnateur scientifique à l’AstroLab du Mont-Mégantic, craint que le ciel étoilé soit menacé.

« On est capable de travailler avec les municipalités pour contrôler la pollution lumineuse et améliorer le ciel étoilé, mais quand on arrive avec des projets comme celui-là on n’a plus beaucoup d’emprise, admet-il. Est-ce qu’on s’en va vers un ciel étoilé qui n’en sera plus un, car il y aura toujours des satellites? La question se pose. À quel point une personne, une entreprise, peut avoir un impact sur une ressource ou un spectacle aussi universel et intemporel que le ciel étoilé? »

Impacts sur la recherche

L’altitude de 550 kilomètres des satellites de Starlink laisse quand même une chance aux astronomes et aux photographes amateurs.

« On va voir ces satellites en début de soirée environ jusqu’à deux heures après le coucher du soleil et deux heures avant le lever du soleil, explique Sébastien Giguère. Ça crée des impacts majeurs pour les programmes de recherche qui doivent observer durant ces périodes, mais ça laisse ouvert le milieu de la nuit. »

Les satellites à plus haute altitude peuvent être visibles durant toute la nuit, ce qui complique énormément les projets de recherche.

« Il y a de grands projets de télescopes qui vont regarder une très grande portion du ciel et l’imager très fréquemment, souligne M. Giguère. Ces programmes-là sont touchés énormément. Il va y avoir des dizaines et des dizaines de satellites qui vont passer dans leur champ. »

Le rapport Satcon1, publié à la fin du mois d’août par des experts mondiaux en astronomie, énonce six recommandations pour limiter les impacts des satellites sur l’astronomie. La première est de lancer moins de satellites. Le rapport précise qu’il est improbable que cela se produise, mais qu’il s’agit de la seule solution avec un impact zéro pour les astronomes.

Les autres recommandations sont de déployer les satellites à une altitude maximale de 600 km, de les assombrir et de contrôler leur orientation pour limiter la réflexion des rayons du soleil, d’arriver à éliminer les traces laissées par les satellites sur les images prises par les télescopes et de partager plus d’information pour que les astronomes puissent pointer leur télescope à des endroits où il y a moins de satellites.

Simon Roberge, Initiative de journalisme local, La Tribune