Trois étés dans une papeterie avec Guy Delisle

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Dans son dernier ouvrage, Chroniques de jeunesse, le bédéiste québécois Guy Delisle nous raconte les trois étés où, étudiant, il a travaillé dans l’usine de pâte et papier de Québec, sise en bordure de la rivière Saint-Charles. Critique de l’œuvre.

Si vous ne le connaissez pas, Delisle a l’habitude de nous faire voyager avec lui grâce à des récits autobiographiques. Ses œuvres ont aussi un aspect journalistique, alors qu’il nous fait découvrir la Chine communiste dans Shenzhen (2001), la Corée du Nord dans Pyongyang (2003), le Myanmar dans Chroniques birmanes (2007), ou encore Israël dans Chroniques de Jérusalem (2011). Il nous raconte son quotidien unique à l’étranger, qui s’inscrit dans la situation politique particulière de chacun de ces pays.

Mais dans Chroniques de jeunesse, le bédéiste nous fait plutôt voyager dans le temps, dans la réalité ouvrière du Québec des années 1980, alors qu’il occupe un emploi d’été dans l’usine de pâte et papier où travaille son père.

À travers les yeux d’un jeune Guy Delisle, on découvre des personnages cocasses, le fonctionnement de la papeterie, le quotidien banal d’un emploi ouvrier, et l’expérience initiatique d’entrer sur le marché du travail.

Le jeune Guy trouve peu à peu ses aises dans cet environnement chaud et bruyant, avec sa machinerie imposante et ses dangers plus souvent imaginaires que réels. Delisle en profite aussi pour raconter quelques anecdotes drôles ou touchantes, explorer sa relation avec son père, et prend quelques détours pour nous parler de la drave, d’architecture ou du développement de sa sensibilité artistique, en lisant tout le rayon bédé de la bibliothèque municipale.

La bande dessinée est en noir et blanc (et gris), à l’exception du jaune. Cette seule couleur met en évidence notre protagoniste ou certains éléments d’une scène, comme certains effets sonores ou la fumée qui s’échappe des cheminées ou des machines, et donne beaucoup de relief aux pages.

J’ai aussi l’impression que le style de Delisle a atteint sa pleine maturité. Les lignes sont simples et efficaces. L’architecture new-yorkaise et moderne de l’usine est mise en valeur à plusieurs occasions, parfois avec des scènes époustouflantes.

Pour les dessins magnifiques, le récit personnel, les personnages attachants, ou les anecdotes amusantes, je vous recommande cette bande dessinée à dévorer.

Simon Cordeau, Initiative de journalisme local, Journal Accès