Un abattoir en Abitibi-Témiscamingue en 2021

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ROUYN-NORANDA-Après un quart de siècle d’essais infructueux, l’Abitibi-Témiscamingue est sur le point d’avoir son abattoir régional. La boucherie Des Praz, de Rouyn-Noranda, annonce qu’elle construira un abattoir à charte provinciale l’an prochain. Le projet de 2,5 M$ doit voir le jour à l’automne 2021.

La boucherie possède déjà un petit abattoir de proximité, qui emploie une douzaine de personnes. Cet abattoir, cependant, ne permet pas à ses clients de revendre la viande. Ils doivent la consommer eux-mêmes. «Sauf que là, la demande explose pour la viande de proximité, indique le copropriétaire de la boucherie, Sylvain Fleurant. Dans notre cas, si on voulait prendre de l’expansion, c’était plus facile et moins dispendieux de construire de nouvelles installations que d’agrandir celles que l’on a présentement.»

Un besoin criant

Depuis le milieu des années 90, la région a tenté à plusieurs reprises de se doter d’un abattoir, sans succès. Présentement, Les producteurs de boeuf, de porc et d’agneau doivent envoyer leurs bêtes en Ontario ou dans le sud du Québec pour les faire abattre. «La viande voyage beaucoup trop, et ça affecte sa qualité, se désole Sylvain Fleurant. En ayant un abattoir dans la région, tout le monde va en bénéficier : les producteurs, les boucheries, et surtout, les clients.»

L’année 2020 est venue confirmer le besoin pour cette infrastructure en Abitibi-Témiscamingue, croit le copropriétaire de la boucherie Des Praz. «On a vu un engouement non seulement pour l’achat local en général, mais en particulier pour les produits agricoles. Juste pour notre boucherie, on ne fournit plus à la demande. Les gens veulent de plus en plus des produits frais, qui proviennent de la région.»

Une étude

Cette annonce survient au moment même où le député bloquiste d’Abitibi-Témiscamingue, Sébastien Lemire, présentait jeudi une étude sur les besoins pour un abattoir dans la région. Certains constats dans l’étude viennent confirmer le besoin criant d’une telle infrastructure : entre 2004 et 2019, le nombre de têtes de bétail a chuté de 50%, et le nombre de fermes dans la région est en baisse de 52%.

«L’absence d’un abattoir dans la région n’est pas étrangère à cela, affirme M. Lemire. L’accès à ce genre d’installation dans la région encouragerait d’autres entrepreneurs à se lancer dans la production animale, et nous permettrait de développer et de diversifier l’économie régionale.»

L’étude préconise un mode de propriété public, qui répartirait plus également les risques qu’implique la construction d’un abattoir à moindre échelle. Ce qui ne fait pas l’affaire des copropriétaires des Praz. «On a été consultés pour cette étude, et les gens le savaient qu’on avait un projet sur la table, affirme Sylvain Fleurant. La région a essayé plusieurs modèles depuis les années 90, et tous ont échoué. Il faut arrêter de nous tirer dans les jambes.»

Le député bloquiste se défend bien de vouloir mettre des bâtons dans les roues des promoteurs. «J’appuie le projet de la boucherie Des Praz, dit Sébastien Lemire. Ce que je dis, c’est qu’il faut qu’on ait une réflexion globale sur le développement de la filière agroalimentaire sur notre territoire. L’une des raisons des échecs passés, c’est le manque de solidarité des producteurs de la région. À l’époque, plusieurs d’entre eux ont préféré continuer de faire abattre leurs bêtes dans le sud de la province, parce que c’était moins cher. Il faut développer un réflexe de solidarité chez les producteurs.»

L’étude préconise également un vaste plan de relance de la production de viande, qui passe notamment par la relève. «Il faut développer une vision globale et pérenne de la production animale si l’on veut que ça fonctionne», souligne le député bloquiste.

Michel Ducas, Initiative de journalisme local, La Presse Canadienne