Un ado de 16 ans se fait voler son identité pour encaisser la PCU

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Notre-Dame-du-Mont-Carmel – Un jeune homme de 16 ans de Notre-Dame-du-Mont-Carmel a été victime d'une fraude alors qu'un individu a créé un compte à son nom dans une banque de l'arrondissement Westmount à Montréal pour encaisser 6 000$ de prestation canadienne d'urgence (PCU).

Comme la période des rapports d'impôts approche, Jérémy Désilets a reçu un formulaire T4 de l'Agence du revenu du Canada, lui indiquant qu'il avait reçu trois versements de 2 000$ en PCU. Or, le jeune homme qui n'a accumulé que de petits boulots au courant de la dernière année, n'était pas inscrit à la mesure d'aide mise en place dans le cadre de la pandémie.

«Nous avons reçu le T4 il y a environ deux semaines et j'ai rapidement compris que nous n'étions pas seuls en discutant avec d'autres parents», confie Halen Désilets, le papa de Jérémy, qui s'est d'abord entretenu avec le 106,9 FM mercredi matin.

Selon lui, des noms de plusieurs adolescents auraient été utilisés pour le même stratagème.

Après plus de six heures passées au téléphone pour tenter de régler la situation, M. Désilets a fini par convaincre les intervenants qu'il ne s'agissait pas de son fils.

«Ils ont gelé tout ce qu'ils pouvaient et devraient me donner des nouvelles d'ici la fin de la semaine. J'espère que ça ne fera pas de tache au crédit de mon garçon», soupire-t-il.

Rien n'est moins sûr, malheureusement.

Selon l'expert en cybersécurité Steve Waterhouse, les institutions bancaires ne voient trop souvent que les sommes d'argent qui se déplacent d'un compte à l'autre, sans égard à la faute ou pas.

«Les finances, ce sont des chiffres qui ne parlent pas. Dans un tel dossier, le client doit être en mesure de prouver qu'effectivement, il s'agissait de quelqu'un d'autre lors du moment de la transaction. Ça devient le jeu du chat et de la souris», explique M. Waterhouse qui soutient que cette tendance s'étend à l'international actuellement.

«Parce qu'elles voulaient éviter les risques de contamination, plusieurs institutions ont permis à des individus d'ouvrir des comptes à distance sans pouvoir vérifier l'identité de la personne. Bien sûr, sans vouloir les critiquer, ces institutions ont beaucoup d'intérêt pour les nouveaux clients parce que l'économie est au ralenti», indique-t-il.

Il y a de l'espoir, toutefois, assure Me Danielle Ferron, associée du secteur litige chez au cabinet Langlois Avocats, qui se spécialise en litiges bancaires, fraude et cybercriminalité.

«On recommande aux gens de signaler le plus rapidement possible dans de pareils cas, puisque la situation nécessite beaucoup de vérifications du côté gouvernemental. Communiquer rapidement avec la police locale, aussi, parce que l'enquête peut être très longue. La bonne nouvelle pour le crédit, c'est que le fait de se déclarer victime de fraude va être indiqué dans le dossier et théoriquement, ça ne devrait pas nuire», décrit-elle.

De plus, des recours légaux peuvent être envisageables pour exiger réparation.

«Si on est capable d'identifier la personne qui a commis le vol d'identité, à ce moment, il est possible de réclamer des dommages au civil.»

Les fuites de données observées chez l'Agence du revenu du Canada ou encore Desjardins peuvent fournir des informations personnelles précieuses aux individus mal intentionnés.

«C'est possible qu'il y ait une corrélation entre la fraude chez Desjardins et la situation vécue par le jeune homme. Les institutions vont toujours tenter de se défendre en argumentant qu'elles ne sont peut-être pas responsables des dommages, parce que les gens ont une historique de consultation sur les réseaux sociaux, par exemple. Reste que ces institutions doivent être capables d'appuyer les consommateurs», souligne Steve Waterhouse.

Que faire?

«Après avoir contacté son institution et les policiers, prenez un pas de recul. Regardez et identifiez tous les documents ou toutes les informations qui pourraient qui pourraient être impactées», suggère Danielle Ferron.

«Demander une traçabilité à l'institution bancaire où s'est produite la fraude. Ensuite, c'est une question de vigilance, de s'informer : vérifier son état de compte fréquemment. C'est un réflexe à développer pour prendre connaissance de ce qui se passe dans notre compte. Il ne faut pas rester trois mois sans regarder», avance pour sa part Steve Waterhouse.

Bien qu'il espère que la situation se règle pour le mieux, rapidement, Halen Désilets ne sera jamais convaincu que le compteur a été remis à zéro.

«Je reste avec un doute», avoue-t-il.

Marc-André Pelletier, Initiative de journalisme local, Le Nouvelliste