Un pont entre les peuples

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C’est avec une immense fierté que l’organisme Minwashin a officiellement lancé, le 28 janvier dernier, son tout nouveau site Web. Véritable portail sur une culture méconnue et pourtant si proche, le site est visuellement réussi et son contenu, d’une richesse inestimable.

Rappelons tout d’abord que Minwashin est un organisme culturel sans but lucratif qui a pour mission de soutenir, de développer et de célébrer les arts, la langue et la culture de la nation anicinabe. L’organisme se veut un espace de valorisation, de rassemblement et de rayonnement qui croit en la création ainsi qu’en la réappropriation culturelle et linguistique des premiers peuples.

L’élaboration du site Web de Minwashin a débuté à l’été 2019, alors que l’organisme a effectué une tournée des neuf communautés anicinabek et des Centres d’amitié autochtone de la région. Cette tournée régionale a permis aux membres de l’organisme d’aller à la rencontre des porteurs culturels de la grande nation anicinabe. Cette démarche a également permis d’identifier les besoins de la nation en termes de développement culturel et artistique, mais surtout de découvrir ses forces. La tournée a été documentée, en photos et en vidéos que l’on peut admirer sur le portail. Il est également possible d’y lire des textes et d’entendre des capsules audios en langue anicinabe.

Pour la directrice générale de Minwashin, Caroline Lemire le site Web a une double fonction. « Il permet d’abord le réseautage entre les différentes communautés anicinabek du territoire », confie-t-elle. Les communications au sein des différentes communautés se faisant généralement en privé, il était auparavant plus ardu pour une communauté de savoir ce qui se passait dans une autre. « Par exemple, si une communauté souhaitait entreprendre un atelier sur la méthode traditionnelle pour fabriquer un canot en écorce, elle ne savait pas à qui faire appel si elle n’avait pas, au sein de sa propre communauté, une personne possédant les connaissances requises. » Le répertoire de porteurs culturels du site Web de Minwashin offre donc la possibilité aux différentes communautés de se transmettre leurs savoirs ancestraux et ultimement, de se réapproprier leur culture.

La deuxième fonction du portail est de permettre à la population de découvrir la richesse, l’authenticité et la force de la grande nation anicinabe. À cet effet, le Reflet s’est permis de questionner madame Lemire sur la raison pour laquelle les Témiscabitibiens connaissent si peu de choses sur la culture anicinabe, alors que le territoire est partagé depuis tant d’années. « Il était auparavant interdit aux non-autochtones de visiter les réserves dans lesquelles habitent les communautés autochtones », a-t-elle mentionné. Les Anicinabek n’étaient pas autorisés à parler l’anicinabemowin, leur langue maternelle. Ils n’étaient pas en droit de vivre selon leurs croyances et traditions ni de transmettre leurs savoirs à leurs enfants. Les effets des pensionnats ont été si efficaces que, pendant longtemps, la fierté d’appartenir à une communauté autochtone était inexistante.

Heureusement, cette époque est désormais révolue. On peut le constater dans les médias et sur les réseaux sociaux. De plus en plus, le « peuple invisible » prend la parole et revendique la place qui lui revient. On peut d’ailleurs lire, sur le site Web de Minwashin : « Nous sommes fiers de ce que nous sommes. Notre lien et notre sentiment d’appartenance à notre territoire sont forts. Nous souhaitons que les autres communautés, les autres cultures s’intéressent à nous pour ce que nous apportons à la société et à la diversité culturelle. Nous célébrons nos arts, notre langue, nos savoirs avec fierté. »

Marjorie Gélinas, Initiative de journalisme local, Reflet Témiscamien (Le)