Une année exceptionnelle pour les vignobles

Cynthia Laflamme, Initiative de journalisme local
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C’est un secret de polichinelle, les Cantons-de-l’Est ont eu la cote cet été. La région de Brome-Missisquoi a eu sa part du gâteau, alors que des visiteurs d’aussi loin que du Saguenay, du Bas-Saint-Laurent, de Charlevoix et d’Ottawa ont découvert ses attraits, même si les publicités ne ciblaient exceptionnellement que les régions voisines.

« Notre stratégie de promotion, cette année, se limitait à communiquer à nos voisins immédiats par souci de prudence pour notre population », a rappelé Denis Beauchamp, directeur du développement économique au Centre local de développement, lors de la dernière séance publique du conseil des maires. « On doit le reconnaître, on a passé un très bel été. Les Québécois ont consommé le Québec cette année et la région de Brome-Missisquoi a obtenu sa juste part de marché. »

Les vignerons et autres acteurs de l’agrotourisme ont reçu beaucoup de visiteurs. Certains ont manqué de vin, de bière et de petits fruits.

Les vignerons ont par ailleurs remarqué l’attrait pour le vin québécois chez les jeunes adultes.

Chez Léon Courville Vigneron, on accueille habituellement davantage les 40 ans et plus. « Là, j’ai eu beaucoup de 20-30 ans. Beaucoup d’entre eux faisaient la visite qu’on offre une fois par jour, remarque Anne-Marie Lemire, copropriétaire du vignoble de Lac-Brome. C’était très agréable, ils étaient très curieux sur la façon de faire la vinification. »

Au Vignoble de La Bauge, à Brigham, on a accueilli beaucoup de jeunes adultes, constate lui aussi le propriétaire Simon Naud.

« Je ne sais pas si c’est attribuable à la saison, mais j’ai eu beaucoup de jeunes. On est en transition vers la production bio, on fait des vins nature, et la clientèle intéressée à ce genre de vin là, ce sont les jeunes », mentionne-t-il. Il croit que cette transition, qui a commencé en 2016, a eu un effet d’attraction.

Richard Bresee, propriétaire du Domaine Bresee, à Sutton, estime qu’il y a eu 10 à 15 % plus de jeunes. Le fait que le vignoble accueillait des campeurs — un service offert sur réservation via des sites web pour les gens qui ont converti des fourgonnettes — a certainement contribué à cet engouement.

Flexibilité

Les propriétaires de vignobles ont eu à faire preuve de beaucoup de créativité et de flexibilité pour s’adapter.

L’équipe de Léon Courville Vigneron a adapté leur façon de faire environ six fois durant l’été pour répondre aux commentaires reçus.

Le site enchanteur a été exploité à son meilleur pour offrir une expérience client agréable malgré les consignes sociosanitaires.

La boutique était inaccessible pour les clients, mais un service de dégustation s’est transporté à l’extérieur, sur la terrasse. Une fois les coupes remplies des vins dégustés, elles étaient déposées dans un porte-bouteilles de bois, transformé en porte-verres. Les clients allaient déguster leurs vins sur le site, confortablement installés dans des chaises Adirondack ou sur la terrasse. Les verres vides et les porte-verres étaient déposés dans un endroit prédéterminé avant d’être lavés.

Le Domaine Breesee avait installé des tables à pique-nique où il était possible de s’attabler. Il était impossible d’entrer dans la boutique, mais les clients pouvaient recevoir leur commande de bouteilles directement à la fenêtre de leur voiture.

Au bout d’un moment, le propriétaire a fait installer un chapiteau pour servir des dégustations les week-ends où il avait de l’aide. Richard Bresee craignait que la saison soit difficile, mais ce fut plutôt le contraire.

Bonne saison

« J’ai été impressionné par la quantité de gens qui sont venus, confie Simon Naud. Ils étaient super respectueux. On prenait notre temps avec les clients et les gens ont été super patients. Je ne m’attendais pas à un nombre aussi élevé. »

« On a eu une très très bonne saison touristique, renchérit pour sa part Anne-Marie Lemire. [...] On ne pouvait pas demander mieux. On a eu du beau temps, une nouvelle clientèle, ce sont des gens qui ont aussi acheté des bouteilles. On espère qu’ils vont rester fidèles et qu’ils vont acheter en SAQ. »

La saison s’est arrêtée brusquement lorsque Montréal est devenue zone rouge.

Selon ce qu’elle a eu comme commentaires de ses collègues vignerons ailleurs sur la Route des vins, tous sont heureux de leur saison malgré les défis logistiques et l’essoufflement qu’ils ont causé.

Cynthia Laflamme, Initiative de journalisme local, La Voix de l'Est