Une année remarquable pour les microbrasseries

Cynthia Laflamme, Initiative de journalisme local
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Malgré le nuage de la pandémie qui planait au-dessus de nos têtes, Dame Nature a été clémente et a offert les conditions parfaites pour siroter une bière fraîche de microbrasserie sur une terrasse. Et les brasseurs de Brome-Missisquoi en ont bien profité.

Au terme du confinement du printemps dernier, les terrasses se sont faites plus attrayantes que jamais attirant de nombreux clients chez les microbrasseurs. Certains parlent d’une année exceptionnelle. D’autres assurent qu’ils auraient battu des records, n’eût été la limite de la capacité d’accueil à l’intérieur et les difficultés à trouver de la main-d’œuvre.

«Aussi curieux que ça puisse paraître, on s’enligne vers une année record, indique Sébastien Gagnon, directeur général de la Brasserie Dunham. On est super content du support des gens. Ça a été extrêmement achalandé tout l’été suite à la réouverture en juin.»

La terrasse de la microbrasserie, agrandie au point que la capacité d’accueil a presque doublé, a vu naître une toute nouvelle clientèle qui, normalement, ne voyage pas au Québec. «Il y a énormément de monde qui ne serait pas venu normalement et, comme ils étaient contraints de rester au Québec, ils se sont rabattus sur les régions touristiques de la province. Ça a eu une répercussion majeure pour les Cantons-de-l’Est.»

Il considère que le discours sur l’achat local tenu sur toutes les tribunes a été entendu et espère que la nouvelle clientèle convertie à l’achat local demeurera conquise pour les années à venir.

Si l’accès au public était fermé durant les premiers mois de la pandémie, la production a quand même pu continuer. Elle était un peu plus au ralenti qu’en temps normal, mais les bouteilles ont continué à se remplir, indique M. Gagnon.

«Une agréable surprise»

«Ici, on a eu un bel achalandage, remarque Hugues Ouellet, associé chez Farnham Ale & Lager. La problématique qu’on avait, c’était au niveau de la main-d’œuvre. On en a manqué. Si on avait pu avoir plus d’employés, on aurait fait encore mieux. Les gens étaient au rendez-vous et respectaient très bien les normes sanitaires. Ça a été une agréable surprise.»

L’équipe a pu agrandir la terrasse en éloignant les tables les unes des autres. La capacité d’accueil, à l’extérieur, n’a donc pas été réduite. «Et on a eu un été de terrasse, comme on dit dans le milieu», renchérit M. Ouellet.

La microbrasserie a néanmoins dû composer avec une rupture de stock puisqu’elle avait mis la pédale douce sur la production de bière au début du confinement, au printemps, ne sachant pas comment réagirait la clientèle.

«Comme gestionnaire d’entreprise, on avait levé le pied sur la production. On a produit environ 20 % de ce qu’on était capable de produire pendant un mois et demi. Ça nous a rattrapés. Mais, dans les circonstances, on ne peut pas s’en vouloir non plus.»

Un été essoufflant

Même constant à la microbrasserie auberge Sutton Brouërie qui n’a pas chômé cet été. Non seulement les chambres étaient réservées à plein rendement, mais les repas et les bières ont attiré beaucoup de clientèle.

«Au niveau de la bière, c’est sûr qu’on en a vendu énormément, constate la copropriétaire Élise Bourduas. Les chiffres ressemblent beaucoup à ceux de l’an passé, mais on était ouvert sur moins de jours. On a eu le même nombre d’heures, mais c’était plus condensé. On a roulé, roulé, roulé !»

Avec une salle à manger intérieure au maximum de sa capacité et tout son personnel, un record aurait pu être fracassé au bout de l’année.

Ils ont d’ailleurs fait preuve de créativité pour la salle à manger intérieure. Dans une partie de celle-ci, des divans rétro ont remplacé les tables et, plutôt que d’utiliser des plexiglas, de vieilles fenêtres séparent les places.

Lors que le restaurant a dû fermer en mars, les propriétaires ont mis à pied 40 employés. Certains se sont trouvé un autre emploi ou sont réorientés, tandis que d’autres ont préféré profiter de la prestation canadienne d’urgence, dit-elle. Elle a donc eu du mal à trouver tout le personnel dont elle aurait eu besoin.

«On est encore en zone orange, mais si on tombe en zone rouge, j’ai déjà mon plan de fait. On ne met à pied personne, on restructure et tout le monde va être occupé», assure-t-elle.

Chapeau au personnel

Tous les trois félicitent leurs employés qui ont affronté cette marée humaine dans des conditions difficiles.

«Ça a été dur pour le staff, estime Sébastien Gagnon. Il a fait chaud et ce n’était pas évident avec le masque. Ils ont été top malgré les courbettes pour être sur la coche avec les mesures sanitaires. Je leur lève mon chapeau.»

Mme Bourduas salue aussi le dévouement de son équipe qui a dû composer avec de longs quarts de travail, le port du masque pendant ces longues heures ainsi que certains clients moins compréhensifs. Une petite terrasse supplémentaire a été aménagée à l’extérieur pour pouvoir accueillir plus de clients, mais il n’était pas rare de voir une file d’attente devant la porte malgré un insigne affichant «complet».

En contrepartie, «c’était le fun de voir à quoi ça ressemblerait un Québec solidaire, c’est-à-dire que l’argent des Québécois est dépensé au Québec. C’était plus circulaire, comme économie», conclut-elle.

Cynthia Laflamme, Initiative de journalisme local, La Voix de l'Est