Une communauté autochtone troublée par la mort d’une adolescente

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En cette semaine de la prévention du suicide, le décès tragique d’une jeune innue de 13 ans dans la communauté de Pakua Shipi sur la Basse-Côte-Nord soulève la consternation chez les autochtones.

Bien que le suicide ne soit pas confirmé par les autorités comme étant la raison du décès de Jency Vallée Mark, 13 ans, la poète Maya Cousineau Mollen s’est sentie interpellée.

«J’avais 13 ans quand j’ai fait ma première tentative de suicide. J’étais fatiguée de ne pas me sentir à ma place, de ne pas être assez jolie ni assez si ou cela…me croyant loin du bonheur», se souvient celle qui a été adoptée à sa naissance par des Blancs en Minganie.

«Au matin de ma tentative, je me suis réveillée surprise et déçue de vivre encore. Je n’en ai parlé à personne et ma journée s’est poursuivie, anonyme et pourtant si pénible», ajoute la femme de 44 ans précisant qu’elle sourit à la vie aujourd’hui.

Devenue une conseillère en développement communautaire pour les Premières Nations et les Inuits chez la firme d’architecture EVOQ à Montréal, elle est heureuse de son parcours, mais du même souffle elle mentionne avoir dû s’armer de bons outils pour vaincre ses démons durant son adolescence, elle qui ne cache pas avoir voulu en finir plus d’une fois.

«Mon »autochtanitude » fut un long chemin d’apprentissage et de consolidation. Rien ne fut facile. Aujourd’hui, ne vous en faites pas pour moi, je vais mieux et j’ai du support, félins, amoureux, amitiés, professionnelles. Merci Inniun.»

Pour Maya Cousineau Mollen la mort de l’adolescente de ce village de 300 âmes de la Basse-Côte-Nord, qui aurait commis l’acte irréparable, rappelle aussi la mort de la chanteuse Kelly Fraser, née à Sanikiluaq au Nunavut, et morte en 2019 à l’âge de 26 ans. Elle se serait enlevé la vie.

Kelly Fraser avait sorti son premier album en 2014, puis un deuxième en 2017 qui lui avait valu une nomination aux prix Juno. Il y a même eu un documentaire sur la vie de cette artiste qui avait la volonté d’accroître la fierté des jeunes de sa communauté pour tout ce qui concerne la culture inuit.

Dans le cas de Jency Vallée Mark, elle était une adolescente qui aimait donner son opinion et qui avait à cœur sa culture amérindienne.

Son père, Norbert, a écrit sur sa page Facebook les paroles d’un grand sage: «Chère vie, je te dédie mes jours difficiles et mes meilleurs rêves. Je te demande juste de toujours me donner la force qui me caractérise et le courage pour faire face à tout.»

Sa mère, Anastasia, native de Pessamit, peut compter sur l’appui de ses amis. Plusieurs autochtones de partout au Québec ont envoyé des messages de réconfort et des prières en langue innue.

Pakua shipi est l’un des villages de la Basse-Côte-Nord où les résidents s’adonnent encore à des activités innues traditionnelles, comme la pêche, la chasse, le piégeage et la production d’objets d’artisanat. Les gens parlent innu entre eux. Le français est également utilisé et l’anglais pour les plus âgés.

Le message de l’Association québécoise de prévention du suicide est de ne pas rester seule dans sa solitude d’où le slogan de cette année: Parler du suicide, sauve des vies. Besoin d’aide? 1 866 APPELLE (277-3553) suicide.ca.

Stéphane Tremblay, Initiative de journalisme local, Ma Côte-Nord