Une forestière qui veut protéger les caribous

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En Abitibi, la forestière RYAM a piloté un projet de rétablissement du caribou forestier, en travaillant en collaboration avec le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs du Québec, les autochtones et les écologistes... avant même la mise sur pied du plan de Québec. Au passage, RYAM a concédé l’équivalent de trois semaines d’approvisionnement en bois, ce qui a permis de réduire le taux de perturbation à 39 %. Reportage.

Tout a commencé en 2013, lorsque Tembec (entreprise vendue à Matériaux innovants Rayonnier (RYAM) en 2017) a reçu un certificat de non-conformité pour maintenir sa certification de la Forest Stewardship Council (FSC). À l’époque, de nouvelles données scientifiques soulignaient l’importance de réduire la perturbation sur le territoire occupé par la harde de caribou Détour-Kesagami, à la frontière du Québec et de l’Ontario.

« Pour nous, c’était essentiel de garder cette certification pour vendre nos produits sur le marché », souligne Marie-Ève Sigouin, directrice de la foresterie pour RYAM, qui était jadis à l’emploi de Tembec. Pour trouver une solution durable, la forestière crée alors un comité technique régional sur le caribou forestier.

En 2013, le gouvernement du Québec venait de reprendre le contrôle de la planification forestière avec la mise en place du nouveau régime forestier. En étant gestionnaire du territoire, le gouvernement avait désormais un rôle important à jouer dans le processus de certification.

Pikogan, une communauté algonquine qui occupe le territoire où l’on retrouve les caribous, est aussi invitée à siéger au comité. « Dès le départ, un des vice-présidents de Tembec, Michel Lessard, a demandé qu’on implique la SNAP (Société pour la nature et les parcs) dans le processus », remarque Mare-Ève Sigouin.

Deux ans plus tard, le comité en arrive à une première réussite, pour trouver des solutions afin de maintenir la certification FSC, en incluant la protection du caribou forestier dans le plan d’aménagement.

Retour à la table à dessin En 2018, les exigences de FSC Canada sont toutefois rehaussées, alors que les plus récentes connaissances scientifiques soulignent qu’il faut limiter les taux de perturbation de l’habitat du caribou forestier sous le seuil de 35 %.

L’équipe caribou se remet au travail et lors des premières rencontres, les discussions sont parfois corsées. « Quand on commençait à s’éloigner du sujet principal, je rappelais à tout le monde qu’on était là d’abord pour le caribou, pas pour nos intérêts personnels », soutient Benoit Croteau, directeur territoire et environnement, du Conseil de la Première Nation Abitibiwinni.

En 2019, le comité de travail a notamment organisé un forum à Pikogan sur l’intégration des connaissances autochtones, réunissant une cinquantaine d’intervenants de huit communautés. Ce forum a permis d’améliorer la relation de confiance en écoutant davantage les préoccupations des communautés, souligne Benoit Croteau. Les liens avec les chercheurs sont de plus en plus importants et les connaissances autochtones sont de plus en plus reconnues. Pikogan et RYAM ont notamment investi 15 000 $ chacun pour financer les travaux d’un étudiant à la maîtrise sur le savoir traditionnel des Premières Nations sur le caribou.

Après deux ans de travail, les partenaires en viennent à proposer un plan pour protéger l’habitat du caribou. La possibilité forestière sera réduite de 6 % dans cette unité d’aménagement forestier. Aucune activité de récolte ne sera faite dans les aires de reproduction et de migration des caribous. La construction de chemins forestiers devra être réduite au minimum et de vieux chemins devront être reboisés.

Un engagement de la haute direction L’implication de la haute direction est un des facteurs clés du succès du projet de protection du caribou forestier, estime Marie-Ève Sigouin. C’était vrai à l’époque Tembec et ça s’est poursuivi avec RYAM à compter de 2017, alors que l’entreprise a intégré l’importance de la norme FSC dans sa politique environnementale. Un choix environnemental, mais aussi économique, car plusieurs clients exigent la certification FSC, souligne Marie-Ève Sigouin.

Guillaume Roy, Initiative de journalisme local, Le Quotidien