Une meilleure performance attendue pour l’économie du Saguenay-Lac-Saint-Jean

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La Banque de développement du Canada (BDC) s’attend à une meilleure performance économique au Saguenay-Lac-Saint-Jean en 2021 que la moyenne québécoise, grâce à la reprise rapide de ses secteurs économiques clés et de l’emploi.

Dans la région comme ailleurs dans la province, 2021 sera une année de relance et de croissance, après la contraction de 2020 imposée par la crise sanitaire de la COVID-19, estime Pierre Cléroux, économiste en chef de la BDC.

Il aborde la prochaine année avec optimisme pour l’économie régionale, en soulignant la forte demande actuellement pour le bois d’oeuvre et l’aluminium, qui a des impacts sur la hausse des prix et des exportations.

«Cela a un impact positif sur la production, et ces deux secteurs-là sont ceux qui vont avoir un impact positif sur la région», a souligné M. Cléroux, en entrevue avec Le Quotidien. Il cite également la relève du secteur manufacturier en général parmi les secteurs qui «performent bien» actuellement.

L’économiste s’attend ainsi à une relance plus rapide que celle anticipée par Desjardins, qui estimait en septembre que le Saguenay-Lac-Saint-Jean connaîtrait l’une des reprises les plus lentes et difficiles de la province en 2021.

Dans la région comme ailleurs, toutefois, il faut s’attendre à une reprise à deux vitesses, alors que certains secteurs demeurent durement touchés par la crise et les impacts du deuxième confinement.

Les pertes d’emploi sont encore importantes dans la restauration, l’hôtellerie, le tourisme et dans les arts et spectacles. Des régions comme Montréal demeureront par exemple plus affectées sur ce plan, en raison de l’importance de ces secteurs pour leur économie, précise Pierre Cléroux.

L’économiste demeure confiant de voir un rebond rapide des investissements et de la consommation dans ces secteurs lorsque la vaccination permettra de lever ou de réduire les mesures sanitaires.

«Ce qu’on a appris en 2020, c’est que lorsqu’on enlève les restrictions sur un secteur, ce secteur-là revient rapidement», indique-t-il. Plusieurs consommateurs seront prêts à dépenser après avoir diminué leurs dépenses en voyages, activités et loisirs en 2020, croit-il, alors que l’épargne des Canadiens s’est élevée à 200 G$ en 2020.

Rétablissement de l'emploi La reprise observée dans les secteurs manufacturier, de l’aluminium et de la forêt a contribué au rétablissement du marché du travail régional à l’automne, souligne en outre Pierre Cléroux.

En octobre, l’emploi avait retrouvé son niveau d’avant la crise, le dépassant même légèrement, alors que 19 000 emplois avaient été perdus au printemps. «Ce n’est pas le cas dans l’ensemble du Québec, donc je pense que votre région va mieux performer que la moyenne québécoise», estime l’économiste. Dans la province, l’emploi s’était alors rétabli à 97,2% en octobre par rapport à février.

L’emploi a cependant légèrement diminué en décembre dans la région, pour descendre sous le niveau de février, selon les données de l’Institut de la statistique du Québec. Son rétablissement demeure néanmoins au-devant de celui la province, où le niveau d’avant la crise n’a toujours pas été retrouvé.

Après avoir été la région affichant le plus haut taux de chômage en mai et en juin, avec des sommets de 16,1% et 16,5%, le Saguenay-Lac-Saint-Jean se situait à 6,1% en décembre, sous le taux provincial de 7,2%. La région termine toutefois l’année 2020 avec un taux de chômage à 9,1%, dépassant légèrement la moyenne provinciale de 8,8,%.

M. Cléroux sera d’ailleurs l’un des invités du prochain Rendez-vous économique de la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord. L’événement dédié aux perspectives économiques de 2021 qui aura lieu en ligne jeudi, de 11h à 13h.

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LES ENTREPRISES EN MEILLEURE SITUATION

Pierre Cléroux, économiste en chef de la BDC, demeure également optimiste pour les entreprises, alors que leur situation s’est améliorée récemment, selon la dernière enquête réalisée par l’institution financière en décembre.

Les entreprises disposent de davantage de liquidités. «Dans la restauration, ce n’est pas le cas, mais en général, dans l’ensemble des autres secteurs, les entreprises semblent en meilleure position qu’elles ne l’étaient il y a six mois», constate M. Cléroux.

L’endettement des entreprises demeure cependant élevé après cette année difficile qui a amené 7% des entreprises du Québec à mettre la clé sous la porte en 2020, pour un total de 60 000 au Canada.

Le virage numérique demeure la clé pour les commerçants afin de leur permettre de tirer leur épingle du jeu, estime l’économiste, qui est également vice-président recherche de la société d’État qui se consacre aux entrepreneurs. L’institution possède d’ailleurs un centre d’affaires au centre-ville de Chicoutimi.

Pénurie de main-d’oeuvre Les dirigeants et entrepreneurs ne seront toutefois pas au bout de leur peine, une fois que la relance sera sur les rails. Le défi de la pénurie de main-d’oeuvre, qui représentait l’enjeu économique d’avant la crise, refera surface et frappera plus durement, prévient l’économiste.

«En plus, en 2020, on n’a presque pas eu d’immigration, donc ça va amplifier le problème», estime-t-il. En plus de l’immigration, les entreprises devront se tourner vers les investissements dans la technologie et la formation pour faire face à cette situation qui sera selon lui «l’enjeu d’une décennie».

Myriam Gauthier, Initiative de journalisme local, Le Quotidien