Une pétition pour moins de touristes sur la rivière Missisquoi

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Une pétition demandant à la Ville de Sutton d’agir comme intermédiaire entre les riverains de la rivière Missisquoi et les propriétaires d’entreprises touristiques a été déposée à la dernière séance du conseil. Les riverains souhaitent éviter que la rivière et les rues de Glen Sutton se retrouvent congestionnées comme l’été dernier. Une situation exceptionnelle, selon le propriétaire d’Au Diable Vert, Jeremy Fontana, l’un des trois exploitants concernés.

Joyau jusque-là bien gardé, la rivière Missisquoi a été prise d’assaut par des gens d’un peu partout à la recherche d’eau fraîche à naviguer sur une planche, dans un canot ou un kayak.

Les signataires de la pétition demandent à ce que l’été 2021 ne ressemble pas au précédent, afin d’éviter que la rivière « ne soit exploitée comme une mine de charbon à ciel ouvert » et « que la Ville devienne un intermédiaire de négociation ».

La dernière saison estivale a été chaude et ensoleillée. Ne pouvant quitter le pays pour leurs destinations vacances préférées, bien des Québécois ont trouvé une solution de rechange dans les Cantons-de-l’Est.

Trois entreprises permettent à leurs clients de faire des activités sur la rivière Missisquoi, dont Au Diable Vert, propriétaire d’une terre sur deux kilomètres le long de la rivière. Ses clients laissaient leur voiture dans le grand stationnement appartenant à l’entreprise, et non dans les rues, assure M. Fontana.

Les entreprises de Mansonville O’Kataventures et Canoe & Co fonctionnent avec des navettes.

Cumul d’irritants

Les rues autour de la rivière, et même le pont, ont tout de même été envahies de voitures stationnées, ce qui bloquait parfois la circulation, rapporte François Xavier Saint-Georges, qui a même déjà dû renoncer à aller déposer sa fille au travail, au centre-ville de Sutton, par manque d’espace pour circuler.

Sutton a aussi ajouté, au courant de l’été, des interdictions de stationnement sur les chemins Cushion et Bridge.

M. Saint-Georges rapporte également que des gens venaient camper chez lui malgré la présence d’affiche « terrain privé » et que des utilisateurs laissaient derrière eux des déchets.

Un accès à la rivière appartenant à un résident, ouvert en général pour les gens du coin, a été fermé par son propriétaire après qu’une entreprise l’ait exploitée, ajoutant aux irritants.

En plus de ces nuisances, le citoyen reproche que la présence humaine accrue sur la rivière et ses rives a fait fuir la faune. Il aimerait donc que la pression diminue.

Une année « particulière »

Selon Jeremy Fontana, à année exceptionnelle, situation exceptionnelle. Et il croit que ça ne durera pas.

« Il n’y avait rien d’autre à faire ! Les gens sont pris dans leur maison ou leur appartement. C’est un droit de pouvoir profiter du plein air. Est-ce une année particulière ? Absolument. Est-ce que ça dérange ? Oui. Est-ce qu’on veut cet achalandage au Diable Vert ? Même pas. Ça a été hyper difficile à gérer pour nous. »

Cet achalandage a pris par surprise plusieurs autres sites de plein air, à Sutton comme ailleurs au Québec.

Pour tenter d’alléger le confinement chez les familles de grandes villes, Au Diable Vert a laissé les prix plutôt bas. « On doit faire notre part pour aider les gens. Du temps chez nous, c’est un cadeau pour les urbains. On ne peut pas fermer la ville parce qu’il y a trop de gens. »

M. Fontana comprend d’un autre côté que les résidents de Glen Sutton soient en colère.

L’entrepreneur a même tenté d’accommoder ses voisins en leur permettant de mettre leur embarcation à l’eau sur son terrain, ce qui n’était plus possible pour les non-clients en 2020.

« Nous avons fait toutes sortes de démarches pour diminuer le nombre de gens. Nous n’avons fait aucune publicité. Nous avons même demandé à quelques occasions à des journalistes de ne pas faire d’article sur nous. »

Le maire Michel Lafrance considère que la réaction des résidents de Glen Sutton est tout à fait normale.

Il croit que le phénomène pourrait se reproduire l’été prochain et assure que l’administration réfléchit à des solutions.

« C’est sûr qu’on veut minimiser l’impact négatif sur les citoyens », a assuré le maire en entrevue.

Cependant, « comme municipalité, on n’est pas propriétaire de la rivière et les terrains riverains sont privés », a souligné la conseillère du district, Dominique Parent, lors de la dernière séance.

« C’est une situation assez complexe avec différents niveaux de règlementation. On doit trouver un terrain d’entente et des endroits pour que les gens puissent se stationner. »

Concilier les intérêts

« La rivière Missisquoi est un joyau pour nous, a ajouté M. Lafrance. Présentement, on est en mode anticipation et on va discuter avec nos partenaires pour voir comment on peut mieux gérer tout ce monde-là. »

La juridiction de la Ville est sur la terre ferme, par exemple sur le stationnement en bord de chemin. Comme elle n’est pas propriétaire de lots riverains, il ne lui est pas possible pour l’instant d’aménager un accès public et un stationnement.

Pour le reste, « il y a beaucoup d’enjeux qui ont été soulevés et qui relèvent du droit privé, a indiqué le directeur général de Sutton, Pascal Smith. Ce sont des relations de bon voisinage. La municipalité ne peut pas être instrumentalisée dans ça. On a un rôle, mais c’est celui de facilitateur et d’aider à l’harmonie. »

La municipalité tentera de réunir les différentes parties impliquées virtuellement pour trouver des solutions communes.

Cynthia Laflamme, Initiative de journalisme local, La Voix de l'Est