Vapotage : entre protection des jeunes et réduction des méfaits

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Le gouvernement Legault a manifesté son intention d’encadrer plus strictement les produits de vapotage. L’objectif est de réduire l’attrait de la cigarette électronique auprès des jeunes. Mais des usagers croient que la nouvelle réglementation sera trop sévère.

Parmi les mesures envisagées par le gouvernement, il y a de limiter le taux de nicotine et la grosseur des fioles de liquide, et d’interdire les saveurs et les arômes autres que le tabac. Pour Natasha Carvalho, intervenante en dépendance jeunesse au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides, il s’agit d’une bonne initiative.

« La cigarette électronique est un produit d’initiation au tabagisme. On ne peut pas travailler auprès des jeunes et ne pas se rendre compte que c’est un phénomène grandissant. » Les adolescents qui vapotent ont trois fois plus de risques de fumer la cigarette plus tard.

Les liquides utilisés pour vapoter sont offerts dans une kyrielle de saveurs et d’arômes au Canada, de la barbe à papa au chocolat, en passant par le melon d’eau et la mangue.

La vapoteuse elle-même, ou cigarette électronique, a aussi son propre attrait. Les modèles vont du petit format élégant et facile à dissimuler, au « Hummer » imposant qui affiche cadrans et statistiques. « C’est un véritable objet technologique! »

Il y a aussi les « wax pen », qui permettent de vapoter des concentrés d’huile de cannabis, par exemple. « C’est très répandu et populaire chez les jeunes. La vapoteuse ne dégage pas d’odeur identifiable. On peut donc consommer du cannabis, au vu et au su des adultes surveillants », explique Mme Carvalho.

Le principal risque pour les jeunes, selon l’intervenante, c’est qu’ils développent une dépendance au geste, au rituel de vapoter, qui est le même pour la cigarette. Le taux de nicotine contenu dans une fiole de liquide peut aussi être beaucoup plus élevé que dans un paquet de cigarettes, accélérant la dépendance.

Quant à l’impact sur la santé physique, c’est plus compliqué. Peu de recherche a encore été faite, comme le phénomène est récent. Mais déjà, les usagers peuvent faire de la haute pression, ressentir de l’essoufflement et sont plus à risque de maladies cardio-vasculaires. « Même si ce n’est pas de la combustion, le liquide est chauffé. Ça peut libérer des contaminants, comme le nickel, l’étain, l’aluminium, le formaldéhyde… » Sans compter que certains produits disponibles sur Internet proviennent d’ailleurs dans le monde, où la réglementation et les contrôles de qualité sont moindres.

Selon Marlène-Lyane Richard, porte-parole de la Coalition des droits des vapoteurs du Québec (CDVQ), il ne faut pas oublier que la vapoteuse a également aidé bien des fumeurs à se sortir du tabagisme. Elle-même est parvenue à arrêter grâce à ça, alors qu’elle fumait depuis l’âge de 8 ans, en volant des cigarettes à ses parents. Elle a aujourd’hui 44 ans.

« Avec la vape, ce n’est pas la même routine. La cigarette, quand elle est allumée, tu la fumes au complet. Avec la vapoteuse, tu peux prendre juste une ou deux poffs. On finit par délaisser le besoin d’inhaler. Ça va faire presque un an que j’ai arrêté. »

Mme Richard est bien d’accord que les produits doivent être mieux encadrés et que les jeunes doivent être protégés. Mais elle croit que l’interdiction des saveurs et des arômes va trop loin. « 93 % des gens prennent de la saveur dans leur vapotage. C’est beaucoup! » Sa crainte, c’est que d’ex-fumeurs retombent dans la cigarette. « Il n’y a personne qui veut arrêter avec une saveur de tabac dans la bouche. »

Bien que le vapotage représente des risques, Mme Richard soutient qu’ils sont moindres qu’avec la cigarette. « Dans les produits de vapotage, il y a 4 ingrédients, pas 60! Tous les produits nocifs de la cigarette ne sont pas là. C’est sûr que la toxicité est bien moindre avec le vapotage », affirme-t-elle.

Certes, il existe d’autres solutions, comme la gomme et les patches, mais le vapotage offre une option de plus selon elle. Elle aimerait que ceux qui ont arrêté la cigarette grâce au vapotage, comme elle et d’autres, soient au moins entendus par le gouvernement avant que les nouvelles réglementations deviennent loi. « Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain! »

Simon Cordeau, Initiative de journalisme local, Journal Accès