Voici comment les microbes pourraient communiquer avec des espèces extraterrestres

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<span class="caption">La Voie lactée. Si des civilisations humaines ou humanoïdes ont peu de chance d’exister, peut-il y avoir dans l’espace d’autres formes de vie qui pourraient survivre?</span> <span class="attribution"><span class="source">Shutterstock</span></span>
La Voie lactée. Si des civilisations humaines ou humanoïdes ont peu de chance d’exister, peut-il y avoir dans l’espace d’autres formes de vie qui pourraient survivre? Shutterstock

Sommes-nous seuls dans l’Univers ? Les chercheurs du programme Search for Extra-Terrestrial Intelligence (Seti) essaient de répondre à cette question depuis 1959.

L’astronome américain Carl Sagan, comme plusieurs autres, croyait à l’existence d’autres civilisations humanoïdes et pensait que nous pourrions communiquer avec elles. Loin d’être convaincus, les sceptiques avancent que le manque de preuves sur de telles civilisations suppose qu’elles sont extrêmement rares.

Mais si ces civilisations humaines ou humanoïdes ont peu de chance d’exister, peut-il y avoir dans l’espace d’autres formes de vie qui pourraient y survivre et s’y adapter mieux que nous ? Et serait-il possible que ces autres formes de vie puissent communiquer entre elles ? Un Seti portant sur le non humain en quelque sorte. Notre nouvelle étude, publiée dans Biosystems, suggère que oui. Les microbes, tels que les bactéries, sont probablement les champions de la vie dans le cosmos — et ils sont beaucoup plus intelligents que nous le supposions jusqu’à présent. En fait, notre étude démontre que le programme Seti peut s’appliquer aux microbes en dehors de toute intervention humaine.

Pour bien comprendre les microbes, il faut s’ouvrir à l’idée que l’humain n’est pas le centre de l’Univers. Alors que, pour plusieurs, les microbes ne sont que des organismes unicellulaires à l’origine de maladies, la réalité est tout autre. Les microbes sont des organismes multicellulaires sans organisation rigide. La bactérie par exemple, forme avec des milliards de ses consœurs, des colonies capables de « réflexion » et de « prise de décisions ».

Une colonie bactérienne typique est l’équivalent d’un organisme cybernétique — un super cerveau — capable de résoudre des problèmes dans son environnement. Plus important encore, toutes les colonies bactériennes sur Terre sont interconnectées dans un super système bactérien global baptisé « bactériosphère ». Ce « site Web planétaire » d’information génétique s’affaire depuis trois milliards d’années à réguler le flux des éléments organiques, une activité hors de portée des capacités humaines. Par exemple, il régule le cycle des nutriments essentiels comme le carbone, le soufre ou l’azote.

Les bactéries sont encore aujourd’hui les êtres vivants dominants sur Terre. Retirez les bactéries de la biosphère et la vie s’éteindra graduellement. Par conséquent, les bactéries se prêtent sans doute davantage aux voyages et à la communication extraterrestres que nous. Une récente étude a démontré que les bactéries terrestres peuvent survivre dans l’espace pendant au moins trois ans, sans doute plus. Ajoutez à cela que les bactéries peuvent rester en dormance pendant des millions d’années, et vous aurez une idée de la résilience des microbes.

En réalité, plusieurs versions de la théorie de la panspermie — qui atteste que la vie microbienne existe et voyage à travers l’univers — vont dans ce sens. Des modèles mathématiques récents ont démontré que les voyages microbiens sont possibles non seulement dans notre système solaire, mais à travers la galaxie.

Le Seti microbien

Comment fonctionne le Seti microbien ? Nous croyons que la « bactériosphère » peut vraisemblablement suivre les mêmes étapes que celles du programme Seti applicables à l’humain. La première étape du Seti « humain » est la capacité de lire des informations à l’échelle cosmique. Par exemple, en utilisant des télescopes radio, nous pouvons analyser le potentiel habitable de planètes éloignées.

La deuxième étape consiste à développer des technologies et une connaissance qui nous permettent de déterminer si les planètes habitables contiennent des traces de vie. Enfin, troisième point, avertir les extraterrestres intelligents de notre présence sur Terre et entrer en contact avec eux s’ils répondent à nos signaux.

L’image ci-dessous présente notre vision du Seti microbien. Les microbes ont une capacité limitée de lecture de l’information à l’échelle cosmique. Par exemple, la cyanobactérie peut lire seulement la portion de la lumière visible dans le spectre électromagnétique du Soleil (étape 1). Ce phénomène biologique est appelé phototropisme et survient notamment quand une plante se tourne vers le soleil — ou vers toute autre source de lumière — ou s’en éloigne.

<span class="caption">Seti microbien.</span>
Seti microbien.

L’étape deux a ensuite été cruciale pour le développement de la vie sur Terre. Les cyanobactéries ont développé une biotechnologie sous forme de photosynthèse (qui transforme l’eau, la lumière du soleil et le dioxyde de carbone en oxygène et en nourriture.) D’éteinte, la planète est ainsi passée au stade vivant avec la « bactériosphère » qui résulte d’une longue évolution. La vie microbienne s’est complexifiée avec la création des plantes et des animaux pendant 600 millions d’années. Et malgré cela, les bactéries sont demeurées la forme de vie dominante sur Terre. La photosynthèse, en tant que technique bactériologique, a permis d’alimenter la vie sur notre planète.

L’étape trois porte sur l’attraction et la communication entre les microbes présentant des chimies similaires. Les microbes extraterrestres devraient pouvoir s’intégrer harmonieusement dans la « bactériosphère » terrestre s’ils possèdent eux aussi une chimie et un métabolisme à base de carbone, incluant de l’ADN, des protéines et d’autres biomolécules.

Le processus inverse est également possible. Les microbes sur Terre pourraient voyager dans l’espace sur des astéroïdes et implanter de la vie ailleurs dans le cosmos. De même, les humains, en tant que futurs voyageurs de l’espace, pourraient agir comme des vecteurs microbiens grâce au microbiome humain.

Pour bien apprécier le Seti microbien, nous devons comprendre le concept d’intelligence du point de vue de l’évolution. Cela nous permettra de mieux évaluer l’intelligence des bactéries et leurs capacités, dans le contexte du Seti humain et microbien. Certains biologistes avancent en effet que l’intelligence humaine ne représente qu’une partie du large spectre de l’intelligence de la Nature qui comprend les microbes et les plantes.

Il faut également remettre en question la notion de réussites technologiques comme uniques preuves de civilisations intelligentes. Selon le physicien Freeman Dyson, les civilisations extraterrestres très avancées technologiquement ont d’énormes besoins énergétiques. Ces besoins seraient comblés avec la construction de mégastructures — appelées Sphères de Dyson — bâties autour d’une étoile maîtresse pour en capter l’énergie. Et le meilleur moyen de découvrir ces mégastructures serait de déterminer ce qui bloque la lumière des étoiles.

Mais comme les autres civilisations humanoïdes semblent rarissimes, partir à la recherche de telles structures s’avère inutile. Il serait bien plus profitable selon nous de chercher des traces biologiques comme preuves d’une vie microbienne sur des planètes habitables.

Une façon de continuer à explorer la vie extraterrestre serait de découvrir des gaz propices à la vie dans l’atmosphère des planètes ; tels le méthane et la phosphine qui sont générés par des microbes. La découverte de phosphine dans l’atmosphère de Vénus semblait d’ailleurs prometteuse. Elle a été remise en question depuis qu’une nouvelle étude a plutôt fait état de dioxyde de soufre. Mais il ne faut pas baisser les bras. Heureusement, le télescope spatial James Webb, dont le lancement est attendu cet automne, devrait pouvoir détecter l’atmosphère des planètes en orbite autour des étoiles — autres que l’étoile du Soleil.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

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Nalin Chandra Wickramasinghe ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.