Voyages dans le sud interdits: «Là, on est fixé»

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COVID-19. Bien que l’industrie est au ralenti depuis des mois, l’interdiction des voyages au Mexique et dans les Caraïbes décrétée la semaine dernière par le premier ministre du Canada fait réagir les agents de voyage présents dans le Cœur-du-Québec.

«Cela prenait un message clair face à la possibilité ou non de voyager, là on est fixé. Chez Voyages Arc-en-ciel, on est un citoyen corporatif responsable. Nous, on a hâte de vendre des voyages dans un contexte serein. Les déplacements doivent être éthiques et sans risque pour la sécurité et la santé de la population, des voyageurs et de la communauté d’accueil. On a tout intérêt à ce que les gens respectent les règles et que l’on revienne le plus rapidement à la normalité», souligne son copropriétaire Justin Bordeleau.

Un sens des responsabilités qui se retrouve également chez Isabelle Bombardier, agente de voyage présente à Nicolet. «Déjà, je n’avais pas beaucoup de demandes. J’ai eu quelques personnes qui magasinaient avant les Fêtes, mais les gens, en général, comprenaient que ce n’était pas une bonne idée de voyager. Moi-même, depuis deux semaines, j’étais dans la réflexion sur le fait de dire «Non» si j’avais une demande. De toute façon, vendre des voyages depuis la pandémie, c’est anxiogène, compliqué et ce n’est pas payant. Car si les clients ne partent pas, je ne suis pas payée et rapatrier un client à l’extérieur quand il survient une situation où l’on ferme les portes, c’est vraiment difficile», constate lucidement la passionnée de voyage qui pense à mettre fin à ce volet de sa vie professionnelle.

«Pour moi, être agente de voyage, c’est mon deuxième travail. C’était une passion, j’aimais conseiller les gens. Quitter le domaine, je ne peux pas dire que cela ne me traverse pas l’esprit tous les jours. Pour le moment, c’est en pause pour moi. Je vais continuer de payer ma licence. Mais ça va prendre du temps avant que je recommence… si je recommence», rapporte-t-elle tout en exprimant de la peine pour les autres agents de voyage.

«C’est une expertise qui s’en va et qui ne reviendra pas. Les gens sont désabusés. Selon moi, c’est une industrie qui est laissée à l’abandon par les aides gouvernementales. Moi, j’ai la chance d’être dans une grande agence de voyages avec J’ai mon voyage. C’est une agence solide et qui est capable de passer à travers des moments difficiles comme en ce moment. Les petites agences, elles, ne survivront probablement pas encore une autre année comme ça. On s’entend que ce n’est pas avant 2022 que les voyages vont reprendre. Pour retrouver le rythme qu’il y avait avant mars 2020, ce sera des années et des années de travail», souligne Isabelle Bombardier.

De son côté, malgré l’impact économique sur son agence de voyages qui compte 42 ans d’existence, Justin Bordeleau demeure en poste. «On ne ferme pas boutique. On veut être là pour la relance. On veut être là pour ceux qui avaient des projets de voyage qui ont dû être reportés», dit-il tout en demandant une aide gouvernementale bonifiée pour traverser la crise. «Les prêts, c’est pousser le problème en avant. Il faut débloquer des subventions pour former la main-d’œuvre», demande-t-il tout en s’inquiétant lui aussi de la rétention des travailleurs de l’industrie du voyage.

Rappelons que depuis le 31 janvier, les vols en direction des destinations les plus courues comme les Caraïbes et le Mexique sont suspendus jusqu’au 30 avril. Au retour, un second test de dépistage obligatoire est adopté pour les voyageurs qui seront ensuite astreints à une quarantaine à leurs frais.

Le premier ministre, Justin Trudeau, a prescrit que les voyageurs en attente de résultat du test de dépistage soient confinés dans un établissement hôtelier désigné par les autorités. Les coûts de l’hébergement et de ce test supplémentaire sont estimés à 2000 $. Les voyageurs ayant reçu un test positif seront pris en charge, mais les sujets non infectés pourront poursuivre la quarantaine à la maison sous le contrôle du gouvernement fédéral.

En plus des examens médicaux préalables à l’embarquement, ces tests obligatoires seront exigés « le plus vite possible en février » selon Justin Trudeau qui n’a pas donné plus de détail sur l’entrée en vigueur de ces mesures plus sévères.

(avec l’aide de Godlove Kamwa, Initiative de journalisme local)

Stéphane Lévesque, Initiative de journalisme local, L'Hebdo Journal