La pandémie a mis en lumière les lacunes des CHSLD. Les Canadiens veulent maintenant plus de soins à domicile

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<span class="caption">Une résidente du CHSLD Rose-de-Lima, à Laval. La pandémie a révélé brutalement les lacunes des centres de soins de longue durée, et le besoin pour savante de soins à domicile.</span> <span class="attribution"><span class="source">La Presse Canadienne/Ryan Remiorz</span></span>
Une résidente du CHSLD Rose-de-Lima, à Laval. La pandémie a révélé brutalement les lacunes des centres de soins de longue durée, et le besoin pour savante de soins à domicile. La Presse Canadienne/Ryan Remiorz

La récente pandémie de Covid-19 a mis en lumière les conditions de vie précaires de nos aînés hébergés en CHSLD.

Durant la première vague, entre mars et août 2020, au Canada, plus de 80 % des morts de la Covid-19 vivaient en CHSLD ou dans des résidences pour aînés, selon l’Institut canadien d’information sur la santé.

La pandémie a mis sous le feu des projecteurs les importantes lacunes en gestion, qui ont favorisé la propagation de la Covid-19 chez une population très vulnérable. L’actuelle enquête de la coroner Géhane Kamel sur la vague de décès en CHSLD vient confirmer le pire.

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Des ambulanciers emmènent une personne du foyer de soins de longue durée Revera Westside à Toronto, en décembre 2020. La Presse canadienne/Nathan Denette

Cette crise dans les CHSLD a sensibilisé les Québécois et les Canadiens aux risques associés à la perte d’autonomie. Cela a possiblement affecté de manière permanente leurs perceptions et leurs préférences quant aux soins de longue durée.

Durant l’automne 2020, nous nous sommes associés à Qu’en pensez-vous, une firme canadienne de sondages en ligne, afin de conduire une enquête auprès de 3 000 Ontariens et Québécois, âgés de 50 à 69 ans. L’objectif de cette enquête visait à mieux comprendre comment la pandémie avait pu affecter leur vision des soins de longue durée.

L’enquête posait des questions quant à leurs préférences concernant le type de prise en charge en cas de perte d’autonomie et quant à leur appréciation des politiques publiques qui encourageraient la prise en charge à domicile de nos aînés.

Une majorité souhaiterait éviter d’aller en CHSLD

L’enquête montre que la pandémie a changé de manière draconienne les perceptions et les préférences individuelles et, ultimement les comportements d’épargne des Canadiens quand il s’agit de penser aux soins de longue durée en cas de perte d’autonomie aux âges avancés de la vie.

Ainsi, 72 pour cent de nos répondants ont affirmé qu’ils étaient moins enclins à aller en CHSLD et 70 pour cent ont déclaré que la pandémie avait détérioré leur opinion quant aux risques sanitaires encourus dans les CHSLD.

Parallèlement, environ 25 pour cent ont déclaré vouloir épargner plus pour leurs vieux jours afin d’éviter de devoir aller en CHSLD et pouvoir rester à la maison.

Finalement, nous avons observé un soutien fort de la population, d’environ 70 pour cent, en faveur d’une politique fiscale qui subventionnerait les soins de longue durée à domicile. Certes, des politiques fiscales existent déjà au Québec. Mais elles sont nettement insuffisantes à notre point de vue.

Essentiellement, notre étude montre qu’en raison de la pandémie de Covid-19, les Canadiens ont pris conscience des conditions de vie parfois déplorables dans les CHSLD et ont réalisé l’urgence de trouver des solutions alternatives adéquates pour prendre en charge leurs aînés. On ne peut qu’espérer que nos décideurs publics sauront saisir cette opportunité de changement.

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Une résidente est assise dans sa chambre dans une résidence pour personnes âgées à Montréal, en janvier 2020. La Presse canadienne/Ryan Remiorz

La population vieillit

Les résultats obtenus dans notre étude fournissent une information de première importance pour tout pays faisant face au vieillissement de sa population et à un nombre croissant de personnes âgées ayant des besoins en santé accrus. Selon une étude de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE), le nombre de personnes âgées de 80 ans et plus devrait passer de 4 pour cent de la population totale des pays de l’OCDE, en 2010, à 10 pour cent en 2050.

Le Canada ne fait pas exception. Le nombre de personnes au Québec qui auront besoin d’aide pour assurer leurs activités de la vie quotidienne devrait pratiquement doubler, passant 315 000 en 2020 à plus de 600 000 en 2050.

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Les Canadiens veulent des soins à domicile, mais cela coûte cher. (Pexels)

La Covid-19 a poussé nos décideurs politiques et la population en général à penser plus sérieusement à des solutions alternatives aux CHSLD et en particulier, au développement de la prise en charge des soins de longue durée à la maison.

Pour nos aînés qui n’ont pas de proches aidant qui pourraient leur prodiguer des soins à la maison, les CHSLD publics demeurent encore trop souvent la seule option. Car, même si des aides publiques partielles (notamment des CLSC) existent, ces soins demeurent encore trop souvent difficiles d’accès.

La pandémie a forcé notre société à se poser la question de l’intérêt et du coût des soins de longue durée à la maison en comparaison des services rendus en CHSLD. Les Canadiens qui souhaitent opter pour une prise en charge à la maison plutôt qu’en CHSLD devront alors commencer à épargner plus pour leur retraite et pour faire face à une perte d’autonomie possible.

Les décideurs publics doivent développer des standards pour les soins de longue durée de manière à éviter qu’un nouveau désastre, similaire à celui de la première vague de la pandémie, ne se reproduise. Cela demande que l’on construise de nouveaux CHSLD, que l’on ouvre des lits, que l’on forme du personnel spécialisé dans les soins de longue durée aux aînés, mais aussi qu’on les paye plus.

Au delà de cela, ce que montre notre étude c’est que les Canadiens préféreraient qu’on leur propose de plus de solutions pour une prise en charge à la maison. Nos gouvernants doivent rendre cette solution viable pour nos aînés et leurs familles, c’est-à-dire qu’elle doit être rendue abordable financièrement, et ce par des moyens tels que des subventions et des crédits d’impôt substantiels.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

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